INS: J. David Markham

 

"Etait-ce un Meurtre?"

La Mort de Napoléon Soumise A Discussion.

De nouveaux tests du FBI révèlent des taux d'arsenic "compatibles avec un empoisonnement"

Assassination at St. Helena Revisited cover

Assassinat à Sainte-Hélène &emdash; Une Nouvelle Enquête
par Ben Weider, C.M. et Sten Forshufvud.
544 pages. John Wiley & Fils. US $30.00.

 

Je meurs prématurément, assassiné par l'oligarchie anglaise et l'assassin qu'elle a soudoyé. [Testament de Napoléon.]

Voici vingt ans, si vous suggériez à des historiens sérieux que Napoléon a été assassiné pendant son exil dans l'île perdue de l'Atlantique sud qu'est Sainte-Hélène, et que le meurtre a été commis par l'un de ses fidèles compagnons d'exil, vous étiez la risée de tous. Plus maintenant. Née dans les années cinquante des recherches du Suédois Sten Forshufvud, un toxicologue amateur, l'idée que Napoléon a été assassiné est devenue une théorie reconnue. Avec la publication en 1982 du livre L'Assassinat de Napoléon par Ben Weider et David Hapgood, la théorie s'est transformée en hypothèse sérieuse. Le nouveau livre de Weider sur ce sujet, écrit en collaboration avec Sven Forshufvud aujourd'hui décédé, se donne pour but de convaincre les sceptiques. De plus, la sortie de ce livre coïncide avec l'annonce des résultats de tests réalisés par le Laboratoire de Chimie et de Toxicologie du FBI sur deux cheveux de Napoléon. La spectroscopie par absorption d'atomes de graphite à haute température a permis de déterminer les taux d'arsenic contenu dans ces cheveux. Ces derniers, offerts à la jeune Betsy Balcome en 1818, trois ans avant la mort de Napoléon à Sainte-Hélène, ont révélé des taux d'arsenic qui sont, selon l'opinion du FBI, "compatibles avec un empoisonnement à l'arsenic."

A première vue, cela n'apparaît pas comme quelque chose de trés intéressant ou de trés nouveau. Après tout, Napoléon dit tout cela dans son testament, et le traitement de Napoléon par les Anglais en général, et par le gouverneur de l'île Sir Hudson Lowe en particulier, a été sévèrement critiqué par les partisans de Napoléon avant et après sa mort, jusqu'à ce jour. Mais Weider et Forshufvud n'accusent pas les Anglais. Ils soutiennent que le meurtrier de Napoléon était l'un des aides en qui il avait le plus confiance, le Comte Charles-Tristan de Montholon, lequel agissait sous les ordres du Comte d'Artois, frère du roi de France Louis XVIII, et futur roi Charles X (l'un des plus mauvais rois que la France ait connus), qui voulait s'assurer que Napoléon ne reviendrait jamais pour réclamer le trône.

En résumé, voici comment Weider décrit ce qui sest passé à Sainte-Hélène. Sur une période d'environ six années (Napoléon est resté à Sainte-Hélène de 1815 à 1821), on a fait absorber à Napoléon des doses d'arsenic. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas l'arsenic qui aurait tué Napoléon. Le poison lui était donné pour l' affaiblir et donner au monde l'impression que sa santé déclinait, soit du fait du climat de l'île, soit du fait d'un cancer, jusqu'à l'emporter enfin. Le décès lui-même résulta d'une combinaison d'autres ingrédients courants qui produisirent des sels de mercure mortels dans l'estomac. Les défenses naturelles de l'estomac avaient été affaiblies par l'absorption antérieure de breuvages particuliers. Cette méthode d'empoisonnement, d'après Weider, était d'usage courant à cette époque. De plus, l'autopsie pratiquée sur Napoléon aurait permis de trouver des substances dans son estomac qui seraient cohérentes avec cette forme d'empoisonnement.

Quelles sortes de preuves peut-on rassembler, près de 200 ans après les faits, pour étayer ces hypothèses? Les preuves résultent de la combinaison des compte-rendus de témoins oculaires et de la technologie d'aujourd'hui. Le plus important de ces témoignages sont les Mémoires publiées de Louis Marchand, le fidèle valet de chambre de Napoléon, et à un moindre degré, ceux d'Henri Bertrand, Maréchal du Palais. La relation de Marchand est particulièrement précieuse, détaillant jour par jour la condition de Napoléon et à peu près tout ce qu'il buvait ou mangeait. Ces deux Mémoires n'ont été publiées que dans les années cinquante. Parmi les témoignages oculaires figure aussi le rapport d'autopsie mentionné plus haut.

La technologie peut révéler différents degrés d'absorption à différentes époques par la mesure des taux d'arsenic dans les cheveux. Cette méthode, qui comporte un test par irradiation, a été utilisée par le Dr. Hamilton Smith de l'Université de Glasgow. Le véritable travail de détective commence dès lors que l'indication d'une forte présence d'arsenic est confirmée par les symptômes décrits par différents témoins oculaires, et surtout par Marchand. Weider avance la preuve convaincante que Napoléon a présenté des symptômes d'empoisonnement à l'arsenic à l'époque même où ses cheveux montrent un taux d'arsenic élevé.

L'un des aspects les plus sujets à controverse de la thèse de Weider est que le meurtre aurait été commis par Montholon. C'est cette assertion qui probablement retient les historiens français d'être plus ouverts aux travaux de Weider. Et pourtant, les indices d'une participation de Montholon sont bien là. Montholon est le plus insolite de tous les compagnons de Napoléon pour son dernier exil: aristocrate, il a connu la disgrâce de Napoléon, pour ne se rallier à sa cause qu'au dernier moment, après Waterloo. Sur la fin, c'est Montholon qui contrôle la nourriture et les boissons données à l'empereur; un niveau de contrôle indispensable si l'on projette d'empoisonner quelqu'un sur une longue période. Quant au motif, Weider a suggéré antérieurement la possibilité d'un chantage. Dans ce livre, il soutient que la loyauté de Montholon au roi lui était suffisante pour entreprendre cet ignoble projet.

On peut s'interroger sur toutes ces précautions; pourquoi ne pas l'empoisonner et en finir une bonne fois? La réponse de Weider est d'une parfaite logique. Napoléon était encore trés populaire en France, en particulier dans l'armée. Un meurtre aurait pu déclencher une insurrection. De plus, le fils de Napoléon vivait encore en Autriche et peut-être était-il prêt à prétendre au trône.

Voici un livre bien écrit et tout-à-fait fascinant. Si vous n'êtes pas bien informé sur les recherches qui ont été faies sur ce sujet, c'est à lire absolument. Même l'historien le plus spécialisé y trouvera des détails et des hypothèses du plus haut intérêt. Weider est convaincu par le résultat de ses travaux, mais c'est une conviction née d'une patiente recherche et d'une grande logique.

A l'occasion Weider digresse, et suggère d'autres moments où Napoléon ou certains de ses proches auraient pu être empoisonnés. Cela fournit matière à d'autres recherches. Mais pour ce qui touche à sa thèse principale, il avance des arguments trés forts. Des universitaires raisonnables pourront la réfuter. En 1994, un débat sur ce sujet s'est tenu à la Conférence de Chicago de la Napoleonic Society of America; le pour et le contre ont été présentés de manière aussi passionnée que pondérée. Il n'empêche que les preuves avancées par Weider sont solides et difficiles à ignorer.

Dans son avant-propos David Chandler, l'un des géants de la recherche napoléonienne de ce siècle, déclare que les travaux de l'équipe de Weider sont "plus qu'il n'en faut pour justifier une réévaluation prudente." Ceci peut apparaître comme une opinion conservatrice. Ces travaux, basés comme ils le sont sur des témoignages oculaires et la technologie moderne, représentent plus qu'une simple theorie. Ils constituent une interprêtation raisonnable et fondée de l'histoire. Ceux qui sont en désaccord devront présenter des travaux de qualité similaire et des arguments aussi convaincants.

 

J. David Markham
International Napoleonic Society

 

Editor's Index ]



Search the Series

© Copyright 1995-2005, The Napoleon Series, All Rights Reserved.

Top | Home ]