Military Subjects: Battles & Campaigns

 

Eylau: Precis Des Travaux de la Grande Armée

Lettre d'Henri Clarke, secrétaire du Cabinet français, au Pleniportentiary britannique: Aucune Date

No. XIV.-Le soussigneé, ministre plénipotentiaire de S.M. l'Empereur, Roi d'Italie, a mis sous les yeux de son Gouvernement la note remise hier par S. Ex. lord Lauderdale, plénipotentiaire de S.M. britannique.

S.M. l'Empereur, Roi d'Italie, n'a pu qu'être péniblement affecté de voir qu'une négociation qui a déjà été l'objet de tant de pourparlers, qui a donné lieu à l'envoi de tant de courriers de part et d'autre, qui était enfin déjà conduite à sa maturité, ait soudainement rétrogradé de manière à présenter des obstacles, non dans la nature des stipulations, mais quant aux bases mêmes d'après lesquelles cette négociation dut ouverte.

La cour de France s'est constamment refusée a admettre dans une même négociation les cours d'Angleterre et de Russie, et quelque desir qu'ait S.M. l'Empereur des Français, roi d'Italie, de voir la paix générale bientôt rétablie, il n'est aucune considération qui eût pu le porter à violer ce principe de sa politique.  D'ailleurs, les négociations que la France avait entamées à Pétersbourg, avaient convaincu S.M. l'Empereur, Roi d'Italie, que le cabinet anglais se faisait illusion sur la nature de ses relations avec la Russie.

Après plusieurs mois de discussion, le cabinet de Londres céda sur ce point, et S. Ex. le comte d'Yarmouth arriva publiquement à Calais, puis à Paris, pour traiter de la paix.  Il eût, des son arrivée dans cette capitale, des conférences avec S. Ex. le ministre des relations extérieures, après lui avoir fait connaître préalablement qu'il était duement autorisé par son gouvernement.

Depuis cette époque, la Russie a conçlu sa paix avec la France; le soussigné a été nommé ministre plénipotentiaire pour traiter avec le plénipotentiaire de S.M. britannique, et la première démarche a été un échange de ses pouvoirs avec ceux de S.Ex. le comte d'Yarmouth, qu'il a dû croire, ainsi que le portent les pleins-pouvoirs de S.Ex. autorisé à traiter, à conclure et à signer un traité définitif entre la France et le royaume-uni de la Grande Bretagne et de l'Irlande.

De très fréquentes conférences, la plupart de plusieurs heures, ont eu lieu depuis entre les deux plénipotentiaires, qui, de bonne foi de part et d'autre, s'appliquèrent à applanir les difficultés, et mirent de côté tout ce qui eût pu aigrir les esprits ou embarrasser et retarder inutilement la marche de la négociation.

Au lieu de se remettre de part et d'autre des notes plus ou moins adroites, mais qui éloignent plus qu'elles ne rapprochent du but qu'on vent atteindre; au lieu d'entamer de ses controverses écrites, non moins préjudiciables à l'humanité que les hostilités à main armée, et qui prolongent les malheurs des peuples; au lieu surtout de négocier la paix comme on fait la guerre, les plénipotentiaires eurent des conférences franches, dans lesquelles S.M. l'Empereur et Roi accorda tout ce qu'il put accorder sans perdre de vue la dignité de sa couronne, son amour pour ses peuples et l'intérét de ses alliés.

Jamais on ne réduira S.M. à d'autres sacrifices.

La marche que prend S.Exc. le comte de Lauderdale, nouveau plénipotentiaire de S.M. Britannique, ne semble-t-elle pas annoncer qu'une multitude de notes ne suffira même pas pour que les deux gouvernemens s'entendent, et ne court-on pas évidemment le risque, en adoptant une telle marche, dont l'abus a été si manifèste de nos jours, de s'entendre encore moins qu'on n'a fait jusqu'ici?  Si on ne veut au contraire que créer des pièces qu'on puisse ensuite présenter au parlement prouve pas le même besoin.  C'est la paix qu'il dèsire; cette paix également honorable pour la France, pour la Grande-Bretagne et pour leurs alliés, que le travail assidu et mutuel des plénipotentiaires respectifs avait rendu acceptable par les deux gouvernemens.

Cependant pour faire paraître aux yeux de tous son amour pour la justice et la sincérite de ses sentiments pacifiques, et pour qu'on connaisse véritablement à qui en doit attributer tout empêchement à la marche de négociation, S.M. l'Empereur et Roi a daigné permettre à la base de cette négociation déjà avancée, et sur le point d'être terminée.

Dans la lettre écrite à S.Exc. M. Fox, le Ier. avril, par S.Exc. le ministre français des relations extérieures, ce ministre annonça que S.M. l'Empereur et Roi adoptait entièrement le principe exposé dans la dépêche de S.Exc. M. Fox du 26 mars, et présenté comme base de la négociation, "que la paix proposée doit être honorable pour les deux cours et pours leurs alliés respectifs."

Dans sa lettre du 2 juin à S.Exc. M. Fox, S.Exc. le ministre des relations extérieures alla plus loin.  Il proposa, au nom de S.M. l'Empereur et Roi, d'établir pour bases deux principes fondamentaux, le premier tiré de la lettre de M. Fox, du 26 mars, savoir: "Que les deux Etats auront pour objet que la paix soit honorable pour eux et pour leurs alliés respectifs, en même-tems que cette paix serait de nature à assurer, autant qu'ils le pourront, le repos futur de l'Europe."  Le second principe était "une reconnaissance en faveur de l'une et de l'autre puissance de tout droit d'intervention et de garantie pour les affaires continentales et pour les affaires maritimes."

Telles sont les bases adoptées par le gouvernement brittannique et convenues avec lui.  Jamais il n'a pu venir dans la pensée de S.M. l'Empereur et Roi, de prendre pour base de la négociation l'ulti possidetis.  Si telle eût été sa pensée, il eût gardé la Moravie; une partie de la Hongrie, la Styrie, la Carniole, la Groatie, toute l'Autriche ainsi que sa capitale.  Trieste et Fiume et le littoral environnant, soraient encore en sa puissance, comme Gênes et Veni et Le Hanovre, Osnabruck et toutes les embouchures des grandes rivieres du Nord de l'Allemagne seraient soumis à son Empire, et certes, alors, S.M. l'Empereur et Roi aurait pu sans difficulté laisser le Cap, Surinam, Tabago, Sainte-Luicie, Pondichéri, etc., au pouvoir de S.M. britannique.

Quant à la Sicile, dans cette hypothèse même, S.M. l'Empereur et Roi ne l'aurait pas laissée à ses ennemis: mais S.M. aura pensé seulement que la conquête de cette île aurait dû précéder l'ouverture des négociations, et lorsque la Prusse et la Russie ont ou garanti ou reconnu les changemens arrivés dans le royaume des Deux Siciles, doit-on présumer que l'Angleterre eût pu empêcher la conquête de la Sicile qui n'est séparée du Continent que par un canal de moins de deux mille toises?

Et en supposant même que le Cap et Surinam et autres possessions hollandaises eût pu être detachées définitivement du royaume de Hollande, n'est-il pas certain que son incorporation avec l'Empire français, eût été la suite nécessaire du refus qu'aurait fait l'Angleterre de lui restituers ses colonies?  Quel serait en effet le moyen de maintenir une nation qui n'aurait que des dettes, et à laquelle l'absence absolue de tout commerce ôterait tout moyen de les payer?  Quelque chose que puissent alléguer LL. EE. les plénipotentiaires de S.M. britannique, il est imposible qu'ils ne soient pas convaincus qu'il est extrêmement différent pour la Grande-Brétagne de voir le Texel et l'embouchure du Rhin et de la Meuse soumis aux douanes françaises, donc, sans la restitution de ses colonies, la Hollande deviendrait forcément une province de l'Empire français; car en acceptant la couronne de Hollande, le prince Louis a déclaré formellement son intention d'y rénoncer, si les colonies hollandaises n'étaient restituées à la paix générale.

Que le Hanovre devienne en outre une province de France; que Trieste, Fiume et leurs territoires deviennent également des provinces du royaume d'Italie, et que la Grande-Bretagne garde en compensation le Cap, Surinam, Malte, Pondichéry, etc., la France y consentira, et le grande principe uti possidetis sera appliqué dans toute son etendue pour le présent et à l'avenir.

Que le nouveau ministre plénipotentiaire de S.M. britannique trouve dans l'histoire du Monde une négociation terminée d'après l'uti possidetis, entre deux grands peuples?  Qu'il examine si l'uti possidetis n'appartient pas plutôt à un armistice qu'à une paix?  Il est impossible de ne pas dire qu'en proposant à la France l'uti possidetis, sur-tout dans les circonstances actuelles, on a dû s'être former une étrange idée du caractère de l'Empereur Napoléon, et qu'il faut qu'on l'ai cru réduit à un singulier état d'abaissement et de détresse.

Mais en demandant l'uti possidetis, S.E. le comte de Lauderdale, plénipotentiaire de S.M. britannique sans avoir égard au principe qu'il avance, veut cependant changer le destin d'un état continental tout entier, lequel fournissait vingt-cinq mille hommes à l'Angleterre, et lui a fourni une partie des moyens qu'elle montra dans la guerre de sept ans, et même dans la guerre de la révolution française aux armées du Nord.  Ainsi donc on veut l'uti possidetis, pour ôter à la France tout son commerce, tous ses établissement et ruiner ses alliés; mais on veut violer le principe de l'uti possidetis, pour obliger la France à renoncer à ses engagemens, à rompre ses traités, à dissoudre enfin tout son systême continental.  N'est-ce pas proposer une paix mille fois plus détastreuse que la plus longue guerre, et des conditions capables d'exciter l'indignation de tous les Français?  Quoi! la France aurait vaincu toutes les puissances soldées par l'Angleterre, pendant la durée de trois coalitions, pour se voir imposer des conditions aussi injustes que déshonorantes, malgré la modération et la générosité qu'elle a montrée.

S.E. monsieur Fox a proposé lui-même "que la paix fût honorable pour les deux cours et pour leurs alliés respectifs."

S.M. l'Empereur et Roi ne pourrait regarder la paix comme honorable, si par une de ces conditions il devait perdre un seul de ses sujets; et quelque peu importante que puisse être la colonie de Tabago, il suffit qu'elle ait fait partie de l'Empire français au moment où S.M. a pris les rênes du Gouvernement, pour que S.M. ne signe jamais un traité où l'alienation de cette colonie ou de toute autre qui lui appartient de la même manière serait comprise.  Aucun Anglais raisonnable n'a pu se flatter du contraire, et dans sa position, S.M. perdrait, si elle y consentait, l'estime de tout ce qu'il y a de braves et de généreux même chez ses ennemis.

Le soussigné est chargé de déclarer que S.M. l'Empereur et Roi estime à déshonneur la seule idée d'une négociation basée sur l'uti possidetis.  Elle est d'autant plus contraire à ses principes, que S.M. a restitué ses conquêtes, et qu'elle régnerait sur une population double de celle qui lui est soumise, si lors des paix qu'elle a faites, à l'expiration des diverses coalitions, elle avait pris pour unique principe l'uti possidetis.[1] 

Le soussigné est également chargé de déclarer que les seules bases de négociation que S.M. l'Empereur et roi veuille adopter, sont celles proposées en partie par S.E. M. Fox, et en partie contenues dans la lettre qui lui a été adressée le 2 juin par le ministre des relations extérieures, et rappelées dans le 12e. paragraphe de la présente note.

S.M. l'Empereur et Roi n'exige de la Grande-Bretagne rien qui soit contraire aux intérêts de ses alliés; elle doit s'attendre qu'on n'exigera d'elle-même rien de contraire aux intérêts de ses propres alliés.

Le soussigné est chargé d'ajouter qu'il se réfère à toute ce qui avait été préparé par les effets mutuels de S.E. le comte d'Yarmouth et du soussigné.

Si la paix ne se rétablit pas, ce n'est pas la France qui pourra être accusée d'avoir changé, mais l'Angleterre; quoique la paix entre la France et la Russie, et d'autres événemens défavorables à Grande Bretagne ait eu lieu depuis que la négociation a été entamée et presque amenée à sa conclusion de concert avec S.E. le comte d'Yarmouth.

Le soussigné saisit cette occasion d'assurer LL. EE. les comtes de Lauderdale et d'Yarmouth de sa haute considération.

Signé, CLARKE.

 

Notes:

[1] Comme vous possédez maintenant. (signification diplomatique d'expression de A qui à l'arrêt des hostilités les parties de contestation sont pour maintenir quelque territoire elles aient pu avoir gagné pendant la guerre.)

 

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