Military Subjects: Battles & Campaigns

 

Eylau: Precis Des Travaux de la Grande Armée

Lettre à l'Ministre-de-État prussien sur la situation politique en Allemagne : 12 octobre 1806

A S. Exc. M. le comte de Haugwitz, ministre-d'État et du cabinet de S. M. le roi de Prusse, chevalier de ses Ordres, du quartier-général du roi.

Louisenland, 12 d'octobre 1806.

MONSIEUR,

C'est toujours avec un vrai plaisir que je reçois le renouvellement si flatteur des anciens sentimens de Votre Excellence pour moi; conservez-les moi comme à un ami qui vous a toujours inaltérablement chéri, et qui vous est tendrement attaché.  Je n'ai point manqué de mettre sous les yeux du prince royale la lettre de Votre Excellence, mais je n'ai pu obtenir qu'une réponse évasive; le prince préfère les voies ministérielles, et je ne suis point en état de vous marquer ses sentimens : pour les miens, vous les connaissez, mon très-cher ami, et ne sauriez en douter.  Je ne me permets point de revenir sur une matière que vous avez traitée dans la lettre que vous venez de me faire l'honneur de m'écrire, si lumineusement si entièrement à fond.  Dieu veuille donner tous les succès les plus heureux au roi et à ses armées!  Il est à présent le vrai champion de la liberté universelle.  Je ne crois pas que NAPOLÉON voudra lutter dans ce moment contre les forces prussiennes et celles de l'Europe presque entière réunies contre lui, sans coalition, par l'impulsion de la seule sûreté personnelle de chaque Etat, combattant pour sa propre cause, qui est en même tems la cause générale, mais qu'il préféra de négocier, et de sacrifier même peut-être quelques provinces envahies à la Prusse, gagnant par-là du tems nécessaire pour la formation de deux cent mille conscrits.  Mais l'année prochaine, après avoir rempli ses autres vues et vastes plans, il tâchera de faire payer avec usure quand on s'y attendra le moins, d'avoir été pris cette année au dépourvu.  C'est pourquoi il serait à souhaiter qu'on pût absolument ravoir Wesel à la paix, ainsi que le present grand duché de Berg, en compensation d'Anspach.  Mayence servira toujours, ainsi que Wesel d'ailleurs, à des rassemblemens considérables des troupes qui inonderaient l'Allemagne septentrionale, quand on y penserait le moins.

Si le Rhin et le Mein ne sont pas décidément frontière de la confédération septentrionale, celle-ci ne sera pas en état de résister à aucune agression imprévue des Français; car qui peut être toujours armée?  Si Francfort avec son territoire, Hochsh, Konigstein, ne deviennent pas hessois avec tout le pays intermédiaire, la Hesse sera mangée sans pouvoir faire de résistence, tôt ou tard, et l'état de la Prusse devient très précaire.  En dédommageant le primat en Franconie, par Bamberg, Aschaffenburg pourrait dédommager Darmstadt de toutes ses possessions en-deçà du Rhin; le cours entier du Bas-Rhin, depuis la Lahn, devrait appartenir à la Prusse.  Toute autre arrangement est sans aucune consistance, et la guerre serait dans ce moment bien préférable.

Pardonnez-moi, mon cher ami, mes rêveries; mais comme vous voulez me témoigner quelque confiance, je me croirais coupable de ne pas vous ouvrir mon coeur sans retenue; c'est peut-être le dernier moment où on pourra prévenir la ruine totale de l'Europe, en mettant quelques bornes à ce torrent dévastateur qui va tout engloutir.  D'ailleurs, s'il peut parvenir à former de nouveau un royaume de la Pologne, principal but présent de ses négociations, la monarchie universelle sera faite en peu.  Je crains d'en avoir déjà trop dit; mais si vous le permettez, je ne vous laisserai rien ignorer, persuadé que vous ne me compromettrez point.

C'est avec une a amitié parfaite, et la considération la plus distinguée, que je ne cesserai d'être, Monsieur, de votre excellence, le très-humble, très obéissant serviteur et ancien fidèle ami,  CH. L. DE HESSE.

 

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