Military Subjects: Battles & Campaigns


L'armée turque de 1806 à 1811

Campagnes de la guerre russo-turque de 1806-1812

Battin: 7 septembre 1810

Ordre de bataille russe

Notes

Battin: l'Austerlitz russe 7 septembre 1810

By Gilles Boue

- Si tout ou pratiquement tout, est connu des campagnes des armées européennes de 1805 à 1815, peu d'écrits en langues intelligibles sont à notre disposition en ce qui concerne les conflits périphériques de l'ère napoléonienne: guerre de Finlande 1808/1809, guerres russo-turques et russo-perses etc... A coté des combats et batailles les plus connues, les évènements militaires à l'extérieur du théâtre principal de la guerre sont réservés à des publications savantes[1] ou à des chercheurs patients. Si votre intérêt se porte sur les guerres Russo-turques, vous avez le choix entre apprendre le russe[2] ou le turc[3] . Une étude assez récente permet cependant d'apporter des clarifications biens utiles à une matière restée pour lors, bien obscure. The Crescent among the Eagles de W.E.Johnson , un chercheur américain , se propose de faire une étude la plus exhaustive possible du fait militaire turc sous l'Empire. Malgré les qualités certaines de son travail, l'absence de certaines sources (cf. notes de bas de page) ne peut que vous encourager à lire cet article.

Celui-ci vous propose:

1. une étude sur l'armée turque pendant les campagnes de 1806-1811.

2. une présentation des campagnes de 1806-1811.

3. la description de la bataille de Battin en septembre 1810.

4. un scénario pour jeu de simulation historique.

L'armée turque de 1806 à 1811

Contrairement aux autres armées de l'époque Napoléonienne, l'armée Ottomane n'a pas fait l'objet de publications en Français purement destinée aux fervents du fait militaire. en effet, si on connaît parfaitement les armées mameluks que Bonaparte dut affronter en Egypte, les sources manuscrites ou imprimées restent d'un flou plus qu'artistique quand survient l'intervention Turque en 1799 (à propos de la bataille d'Aboukir, le nom précis du Commandant en chef turc est encore sujet à caution). Les témoins de cette intervention nous parle de foules bigarrées, sans ordre ni formations, dans le plus pure style de la tradition d'exotisme du début du XIXème siècle.

On ne peut pas à proprement parler d'armée turque, car chaque région de l'empire Ottoman était confrontée à des adversaires qui nécessitaient une réponse militaire adaptée. En cela , l'armée Ottomane se rapproche de toutes les armées du moyen age ou de la renaissance, dans lesquelles l'ordre de bataille s'adapte à l'adversaire du moment. Cette souplesse devint inutile et surtout inefficace face à l'uniformité tactique des européens.

Les turcs sont à l'origine un peuple de cavaliers. C'est donc cette arme qui sera prépondérante en quantité dans l'armée Ottomane. On peut distinguer deux grands types de combattants à cheval: ceux qui sont soldés par le Sultan (Capou-koulis, suvarileri ou encore buluk halki) et l'immense masse des cavaliers plus ou moins réguliers qui ne sont levés qu'en cas de nécessité et lorsqu'un pillage éventuel pourrait les dédommager des frais engagés pour la campagne (Sipahis qui reçoivent une terre du sultan, Yoruks, Djellis, Turcomans et autres). La cavalerie " régulière " des Capou-koulis, plus souvent appelés Suvarileris , regroupait environ 28.000 cavaliers organisés en six unités (divisions ?) aux noms bien précis : les Silhatars, les Sipahis Oglans (garde du sultan), les Ulufecigans de l'aile droite et de l'aile gauche, les Gurebas divisés aussi en droite et gauche. Le rôle précis en bataille de ces troupes est difficile à percevoir dans la mesure (cf. +bas) ou l'équipement visible sur les quelques sources iconographiques ne représente que des uniformes d'apparat. Les Sipahis regroupaient théoriquement les 100.000 détenteurs d'un Timar (une sorte de fief) , dont la tenure impliquait le service militaire sur appel du Divan. Ces cavaliers étaient regroupés en troupe d'environ 1000 hommes sous un Pacha.

Les Yoruks sont l'archétype du cavalier irrégulier, combattant quand et où il lui convient et seulement quand le jeu en vaut la chandelle. On les trouva surtout dans les multiples combats d'escarmouches contre les cosaques autour de Schumla , Rutschuk ou Silistrie, où ils se distinguèrent par leur férocité envers les blessés russes et les populations chrétiennes. Les Djellis étaient à l'origine un corps spécialisé de hérauts chargés aussi du service de découverte. Dans les armées Ottomanes, la présence des Djellis (Schumla 1810) indiquait que le Grand Vizir était commandant en chef. Les célèbres mameluks n'étaient pas présent sur le théâtre de guerre européen pendant les années qui nous intéressent car la Porte luttait à cette époque contre Méhémet-Ali qui avait pris le pouvoir au Caire en s'appuyant sur lesdits mameluks.

L'infanterie Ottomane représentait une partie non-négligeable des armées de la Sublime Porte. C'est sur le théâtre européen que la nécessité de l'emploi de l'infanterie se faisait le plus sentir. Cette donnée incontournable explique le fort pourcentage d'infanterie présent lors des campagnes de 1806 à 1811. les chiffres donnés par W.Johnson[4] ( de 40 à 50 % d'infanterie) semblent bien proches de la réalité. La difficulté de l'évaluation provient du fait qu'une grande partie de la cavalerie turque combattait aussi bien à cheval qu'à pied , de vrais dragons en somme. L'organisation formelle de l'infanterie est digne des éloges les plus grands , et elle les reçut , mais de Montecuculli et du prince Eugène de Savoie à la fin du 17ème siècle. Tout au long du " siècle des lumières ", la Porte resta en dehors de la réflexion tactique sur l'infanterie (cf. article Vae Victis N°5). De fait la majorité de l'infanterie Ottomane était formée des 196 Ortas (régiments) de Janissaires dont la naissance remontait au 14ème siècle, ce qui en faisait le corps militaire régulier le plus ancien parmi ceux des grandes puissances. Pétri de traditions et de victoires les Janissaires n'étaient plus que l'ombre d'eux mêmes: écoutons le ministre Tchélébi-Effendi en 1805[5]: " La défaite des ottomans par les Russes dans les dernières guerres [1785-1792] doivent être attribuées à la mauvaises instruction des anciennes milices turques composées de marchands de pâtisseries, de mariniers de pêcheurs, de teneurs de cafés et de maisons de prostitutions .". Cette opinion peu flatteuse est renforcée par celle du général prussien Valentini[6] qui servit sous la Porte pendant les campagnes de 1788/89: " Ils devraient [ les janissaires] renoncer à l'indolence et aux plaisirs qui les ont amollis, c'est évidemment l'usage continuel du café et du tabac qui produit cet effet chez eux ". Dispersés dans tout l'Empire les janissaires devaient pratiquer toutes sortes de métiers pour survivre à une administration qui les payait quand elle le pouvait. Cette démobilisation morale les poussait à négliger leurs obligations militaires et à régulièrement se révolter contre l'incurie des ministres du Sultan. Face à ce grave problème autant politique que militaire, le Sultan Selim III décida de réformer son infanterie sur le modèle prussien. Des expériences précédentes ayant été couronnées de succès (cf. + bas), Selim III créa vers 1795 un corps d'essai , composé de renégats européens formant un faible bataillon et un escadron de cavalerie sous les ordres d'Inglis-mustapha, en fait Georges Campbell, officier anglais en rupture de banc. Cette troupe combattit vaillamment et avec succès contre l'armée d'Egypte de Bonaparte au siège de St jean d'Acre en 1799. De retour à Constantinople cette unité fut reçue avec tous les honneurs , ce qui fit pâlir de rage les Janissaires dont le comportement guerrier n'avait guère brillé contre les Français. Sélim fit de cette heureuse expérience le prétexte de la publication de " l'ordonnance nouvelle " en turc Nizam-Djedid. Les Nizam formèrent alors un corps de deux escadrons et douze régiments d'infanterie, deux en garnison à Constantinople, deux à Kutayeh, et 6 en Caramanie .Pour remplir les cadres de ces nouvelles unités, le sultan fit publier en mars 1805 un Hatti chérif, un rescrit qui ordonnait aux janissaires de vingt à vint cinq ans de se présenter au plus proche corps de Nizam pour y être incorporés. Cette mesure ne fit que faire gronder la révolte des janissaires soutenus par des Ulémas qui ressentaient cette occidentalisation comme une atteinte à la religion de l'Islam.

Malgré toutes les réticences des Janissaires, l'expérience fut poussée à son terme, les Nizams s'entraînèrent à l'européenne en appliquant les règlements prussiens sous les moqueries des badauds constantinoplois. A l'été 1806, devant les menaces de guerre avec la Russie, 15.000 Nizam furent envoyés vers le Danube. La colonne de marche arrivée à Andrinople, fut arrêtée, molestée puis finalement massacrée par une foule constituée de Janissaires. L'Aga de Rutschuk leva alors une armée de 80.000 hommes pour marcher sur Constantinople. Mais effrayés par les conséquences de leurs actes, des Janissaires assassinèrent l'Aga. Cette révolte ouverte poussa Sélim III à prendre l'Aga des Janissaires pour Grand vizir qui mit alors fin officiellement au mouvement du Nizam-Djedid. Cependant, les corps déjà constitués continuèrent leur service avec Zèle. L'imminence de la guerre contre la Russie calma les esprits provisoirement. Dans les provinces de l'Empire, chaque gouverneur avait à sa disposition des Sekhans, sortes de milices volontaires qui leur étaient dévoués corps et âmes. Bien que troupes irrégulières, certaines armées provinciales firent preuve d'une plus grande efficacité que des armées de Janissaires. Les Albanais et les martolos grecs formaient des unités de tailles variables, la plupart de ces soldats anciens bandits de grands chemins faisaient de la " petite guerre " une spécialité, attaquant les convois, les postes isolés et pillant ennemis et amis.

L'artillerie avait toujours été une grande spécialité Ottomane. Depuis les siège de Constantinople en 1453, les Topidjis (artilleurs) jouissaient d'une réputation d'efficacité et de professionnalisme. Ce qui était vrai pour les 16ème et 17ème siècle , ne l'était plus à la fin du 18ème. C'est pourquoi, l'artillerie fut la première arme réformée par Sélim III. Aux traditions turques (feux croisés, feux de barrage avant l'assaut, fonte sur place des pièces etc...) le Baron de Tott, officier Français ajouta, à partir de 1775, l'excellent système Gribeauval. Mais contrairement à l'organisation des batteries Françaises, la batterie Ottomane garda dans ses rangs un joyeux mélange de pièces. Chaque batterie de campagne de l'un des 25 " régiment d'artillerie " était équipée de 10 pièces du calibre suivant: 4 pièces lourdes, 2 pièces légères et 4 canons de 6£ du système Gribeauval. La grande faiblesse de l'artillerie venait de l'absence d'unités régulières du train, les pièces étant tirées par des bœufs voire des dromadaires dans l'est de l'Empire. Souvent les batteries étaient protégées par des retranchements élevés à la hâte mais avec grand art par les ingénieurs du corps des Lagimcilars. Seules les pièces Françaises étaient parfois tirées à la bricole au plus fort de la mêlée (Combat des Grottes à Schumla, 23 juin 1810).[7] Bien que d'un moral inébranlable et d'une qualité technique comparable aux artilleurs européens, les Topidjis restaient handicapés par la qualité de la poudre employée qui rendait aléatoire chaque tir. Ce n'est qu'au combat sous Rutschuk le 4 juillet 1811 que l'artillerie turque en formant une batterie de 40 pièces écrasa le centre russe et sauva la journée.

Abordons maintenant les modes de combat des armées Ottomanes. Si l'on réfléchit à ce que vous venez de lire, on peut penser à une armée bien équilibrée avec des capacités offensives et de défense remarquables. Or, il n'en n'est rien. Les tactiques de combats des Ottomans rendaient inefficaces tous leurs efforts. La cavalerie combattaient suivant deux modes ( et non pas formations). En masse, par centaines, par milliers au cri de " Allah U Akhbar " les cavaliers se précipitaient au galop sur l'adversaire, quelque soit sa nature. Ces charges sauvages ne pouvaient briser qu'un adversaire surpris en plein déploiement. Ainsi au combat du 4 juillet 1811, les régiments de dragons de Kinburn et de hussards de Russie Blanche furent-ils mis en déroute par une charge de plusieurs milliers de Sipahis. Ceux-ci, débouchant d'un ravin se jetèrent avec une telle vigueur et une telle rapidité sur les russes que le général Valentini rapporte que le colonel du régiment de kinburn ne put terminer sa phrase : " sabre au....... " sa tête ayant été emportée par un coup de sabre donné au galop. Cette charge se termina cependant mal pour les turcs, car au lieu de poursuivre à fond ou de se rallier, les Sipahis se jetèrent sur l'infanterie russe en carré et virevoltèrent inutilement autour de ceux-ci. L'adresse au sabre des turcs emplissait de terreur les russes. Mais le mode de combat le plus courant peut s'identifier à celui de fourrageurs: une masse a priori incohérente de cavaliers dispersés se déplaçant vite sans but tactique bien défini sinon harceler les unités en ordre serré et éliminer tout ennemi isolé. L'armement principal de cette cavalerie était, comme précité, le sabre et non pas la lance. Ecoutons à nouveau Valentini:[8] " La lance est l'arme la plus favorable au cavalier chrétien; car pour le sabre, le sipahi le manie avec une adresse que nous atteindrions difficilement ". Plus loin, il ajoute que c'est lors des combats contre des cosaques que certains Sipahis gardèrent les lances abandonnés par ces derniers.

La tactique de la cavalerie est intégrée dans un plan immuable hérité des siècles précédents: l'attaque de la cavalerie fixe l'adversaire, laissant le temps à l'infanterie de se retrancher derrière des parapets et des redoutes garnies par l'artillerie, des masses d'infanterie en tirailleur se répandent sur les flancs de la position en profitant des coupures du terrain. Cette position de combat se trouve souvent sur une chaîne de hauteurs défendant le camp de tentes de l'armée. La cavalerie participe à un mouvement de flux et de reflux tant que l'ennemi n'aborde pas les retranchements, puis le combat passe à l'infanterie. C'est uniquement dans ces positions défensives que l'infanterie turque peut espérer repousser l'infanterie russe. De cette constatation vient le fait qu'aucune victoire turque des guerres de l'ère napoléonienne ne provient d'une bataille offensive. Valentini ajoute: " En général, la défense des places est peut-être la seule partie de la guerre dans laquelle les turcs soutiennent encore leur ancienne réputation. " . La puissance de combat de l'infanterie turque ne reposait pas sur son respect d'une discipline de feu mais au contraire sur un effet de masse et de concentration des feux à bout portant. La notion de feu à volonté semble avoir été la règle. Mais c'est surtout en combat rapproché que le fantassin turque possédait une réelle supériorité sur ces adversaires européens: (Valentini note 6) " Chaque turc bien équipé porte, outre son fusil, une paire de pistolets au moins, un cimeterre, et de plus un couteau recourbé, long de deux pieds qui lui sert à couper les têtes]- - - [ Il est évident que le soldat européen, montant à l'assaut avec son seul fusil à baïonnette a du désavantage contre un ennemi armé d'une manière aussi formidable. " . Les cris poussés par les Janissaires, les têtes coupés plantées sur les parapets, le feu désordonné mais visé des Djezzaïls (fusils longs des turcs) arrêtèrent plus d'une fois les colonnes russes les plus déterminées. Cette habitude de couper les têtes, parfois les oreilles des ennemis, n'avait pas que des inconvénients pour ceux-ci; le Prince de Ligne,[9] qui combattit les turcs en 1775 en pensait ceci: " Cet usage ne fait aucun mal au mort, il est bien souvent un bienfait pour le blessé et est toujours utile au lâche en le mettant dans la nécessité de se défendre. " . Remarque digne du siècle des Lumières !

Le rôle de l'artillerie est de ralentir et de désunir par son feu les colonnes d'attaque de l'adversaire, le peu de mobilité des pièces rendant difficile tout accompagnement d'une attaque. Parfois, surtout dans les combats de siège, une ou deux pièces sont poussées à la main pour appuyer au plus proche les attaques d'infanterie. Mais celles -ci, bien que souvent déterminées, ne bénéficièrent jamais d'un appui d'artillerie efficace.

W. Johnson (note 4) dans son petit opuscule proposait aux joueurs de simulation historique, une table d'équivalence des potentiels de combats en terme d'efficacité de jeu. Cet exercice, intéressant, me semble un peu vain , dans la mesure ou la valeur tactique des turcs (en bataille) ne peut être estimée que sur des cas précis, dans des circonstances qui, sur nul autre théâtre d'opération ne seraient possibles. Ainsi la bataille de Battin (cf. +bas) ne peut se comparer dans sa morphologie qu'avec celle de Fribourg (1644) ou Denain (1712).

Le combat du 23 juin 1810 en est la plus parfaite illustration.

Devant la ville de Schumla , les turcs ont construits une ligne de retranchements appuyée par des redoutes. L'armée russe du général Kamenski se présente le 22 juin, sur le plateau commandant la ville et y établit son camp.1000 Djellis (cavalerie) défendaient une ferme au pied d'une hauteur éloignée d'un kilomètre des retranchements. Les janissaires étaient répartis tout au long des murs de la ville et près des batteries. Le 23 au matin, les russes attaquèrent les Djellis qui se replièrent dans des vignes proches et répondirent au feu des chasseurs par un intense feu de pistolets délivrés à la caracole. Ce feu étant totalement inefficace, les russes les repoussèrent sous les murs du retranchement. Cette attaque faite par le 7ème de chasseurs à pied appuyé de deux pièces attira la majeure partie de l'infanterie janissaire sur l'aile menacée. Voyant ceci , Kamenski décida d'attaquer le retranchement déserté avec les 5000 fantassins d'une division d'infanterie. Mais l'Aga des janissaires devinant l'intention des russes rallia en quelques instants ses forces dispersées. Quand Kamenski se présenta en colonne d'attaque devant les remparts apparemment abandonnés, il fut reçu par une salve délivrée à bout portant qui lui coucha près de 500 hommes, les janissaires enhardis par ce massacre sautèrent dans les fossés et se jetèrent sur les blessés russes pour les achever. Dans la confusion du moment, les rangs russes se reformèrent en carré et rentrèrent dans leurs lignes , couverts par le feu de trois batteries. L'armée de Kamenski , inférieure en nombre, ne pouvant investir la ville se retira peu après. Les pertes russes se montaient à 1800 hommes , celles des turcs à 500 tués et 1100 blessés.

Les campagnes de la guerre russo-turque de 1806-1812

Pour comprendre les buts politiques et militaires de la Russie dans sa lutte avec l'empire Ottoman, il faut remonter jusqu'à Pierre Ier au début du 18ème siècle. La tradition d'expansion de la Russie vers l'Est se trouva alors complétée par une volonté de devenir une puissance maritime. Or cet éternel problème, ne pouvait et ne peut encore aujourd'hui , être résolu que par le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles. La mer Noire étant la seule mer libre de glace en hiver. Pierre Ier sensible à cette question lutta de toutes ces forces pour développer le commerce en mer Baltique (guerres du Nord contre la Suède) mais aussi , en conquérant l'Ukraine et en ayant des vues sur la Crimée. En faisant cela , il se heurtait directement à la Porte, car les Khans de Crimée étaient sous protection Ottomane. Ses successeurs reprirent cette expansion vers le sud mais ce fut surtout Catherine II qui définit une nouvelle politique qui portait en germe plus d'un siècle de guerres contre les turcs. Cette politique, surnommée " le projet grec ", lança la Russie dès 1768 dans une guerre sans merci . En 1771, une flotte russe pénétra en Méditerranée et appela les grecs orthodoxes à se révolter, l'incendie de la flotte des turcs déboucha sur le traité de Kutschuk-kaïnardji en 1774. La Russie y gagna l'ouverture de son commerce sur la mer Noire ainsi que le port d'Azov. Suite à ce conflit, la faiblesse de l'empire Ottoman poussa la Russie vers une alliance avec l'Autriche-Hongrie en vue de se partager la péninsule balkanique. La Valachie, la Moldavie et la Bessarabie devant donner naissance à la Dacie, alors que Bulgarie, Serbie, Albanie et Grèce deviendraient un Empire gouverné par le Grand Duc Constantin, neveu de Catherine. La guerre faillit reprendre en 1784 par l'annexion russe de la Crimée et la fondation de Sébastopol en violation des traités existants. La porte, faisant preuve de duplicité (soutien aux tatars de Crimée révoltés et négociations ouvertes) se trouva acculée à nouveau aux hostilités en 1787. Du fait des affaires européennes, les combats prirent fin en 1792 par la paix de Yassy qui laissait à la Russie le pays entre Dniestr et Boug. Les escarmouches à la frontière ne cessèrent jamais. C'est avec les guerres de l'Empire que l'importance de l'alliance Ottomane reprit vigueur. La politique de la France contrariait d'une belle façon toutes les espérances russes. L'ambassadeur extraordinaire Sébastiani reçut les directives suivantes de napoléon[10] "Je veux m'en servir [la Turquie] tel quel comme opposition à la Russie. ".

Les lignes de force des souhaits impériaux peuvent laisser rêveur: une triple alliance France- Turquie- Perse, fermeture par tous les moyens du Bosphore aux russes, aucun soutien aux rebellions anti-turques, consolidation du Nizam-Djedid. La conséquence des négociations de Sébastiani avec le Divan fut de pousser la Porte à déclarer la guerre à la Russie le 24 Décembre 1806.

Le plan de guerre turc semble avoir été inspiré par le général Sébastiani, l'armée Ottomane était divisée en trois principaux corps: au centre le Grand -Vizir avec 50.000 hommes dont 30.000 réguliers (Nizams ?), à l'aile gauche 60.000hommes et à l'aile droite 20.000 cavaliers proches de Silistrie. L'aile droite et le centre rassemblés devaient traverser le Danube vers Silistrie et remonter vers le Boug en vue de couper les communications de l'armée russe qui s'était avancée vers Bucarest. La campagne de 1807 vit l'application de ce plan , les russes devant abandonner la Valachie. Mais l'inactivité de la principale armée[11] "fumant la pipe, assise sur ses talons " et la révolte grondante de janissaires compromit définitivement le succès de cette entreprise.

Le 31 mai 1807, les auxiliaires des batteries qui défendaient le Bosphore, les Yanaks se révoltèrent, poussés par les mots d'ordre des Janissaires. Dans Constantinople à feu et à sang , les Janissaires lancèrent une vaste chasse aux partisans du Nizam. Les soldats réguliers furent massacrés et Sélim ne dut sa vie qu'à une volte face pleine de honte devant l'émeute en abandonnant tous ses partisans à la fureur de la populace. Bien que continuant à régner, Sélim n'était plus qu'un jouet dans les mains de l'Aga des Janissaires. Sur le front, toutes les opérations furent immédiatement arrêtées. La paix de Tilsitt les 7 et 9 juillet 1807 marqua le retournement de la politique française vis à vis de la Porte. L'alliance de la France avec la Russie indiquait déjà le démembrement de " l'homme malade de l'Europe ", la France s'engageant à faire pression sur Constantinople pour mettre fin au conflit sous trois mois sous peine d'intervenir en Méditerranée et dans les Balkans à partir de Raguse où les troupes de Marmont se rassemblaient. Ce coup du sort fut fatal à Sélim qui fut remplacé par son neveu Mustapha IV. L'armée des frontières de retour dans la capitale essaya de restaurer le pouvoir de Sélim qui fut de façon prévisible assassiné par ses gardiens. Mustapha IV ne lui survécut que très peu de temps et le seul survivant de la famille devint Sultan sous le nom de Mahmoud II, il prit pour grand Vizir le principal soutien de Sélim dans la réforme militaire Mustapha Baïrakdar. Celui-ci conscient du danger représenté par les Janissaires se fit entourer d'une garde personnelle (tirée des Nizams) de 10.000 hommes qu'il affilia administrativement aux Janissaires. Malgré ses efforts et son " profil bas ", les janissaires se révoltèrent à nouveau, le Vizir réfugié dans l'arsenal de la ville ne trouva une fin digne qu'en se faisant sauter avec la poudrière. La gigantesque explosion fut le signal de la " Saint Barthélemy " des nizams. Effrayé par la violence des réactions des janissaires Mahmoud II décida d'attendre paiement son heure. Ce ne fut qu'en 1825 que des nouvelles réformes militaires furent appliquées, l'inévitable révolte des Janissaires marqua cependant leur élimination définitive.

Le renversement des alliances poussa Mahmoud II à s'allier avec l'Autriche -Hongrie et l'Angleterre. La Russie rompit alors l'armistice consécutif à l'application du traité de Tilsitt et envahit à nouveau la Valachie. La campagne de 1809 ne fut qu'une série de marches et contremarches, seul le siège et la prise de Silistrie par les Russes méritent d'être notés. L'année 1810 se présenta mieux pour les russes avec l'envoi de renforts conséquents suivant la fin de la guerre contre la Suède. Le général Kamenski, fort de ses récents succès en Finlande reçut le commandement en chef et récolta les lauriers de la campagne de 1810.

Battin: 7 septembre 1810

Le plan de campagne russe prévoyait la conquête ou la conservation successive des places turques le long du Danube d'Est en Ouest: Silistrie , Rutschuk et Nicopolis. A partir de ces places, dans un second temps l'offensive devait se diriger vers Schumla qui contrôlait le chemin le plus court et le plus carrossable vers Andrinople voire Constantinople dans le meilleur des cas. La stratégie des turcs se limitait à retarder le plus possible les russes devant les villes du Danube afin d'assembler les forces nécessaires à la défense des cols des Balkans. L'attente de la belle saison permit au russes de recevoir des renforts et aux turcs de préparer avec efficacité les places à défendre en armant la population et en inondant la Bulgarie de Sipahis audacieux qui terrorisaient les populations orthodoxes et interceptaient les détachements isolés de cosaques. Dans cette guerre, ces derniers ne bénéficièrent jamais de l'avantage de mobilité que leur conférait leur tactique habituelle. Début Juin 1810, l'armée russe se présenta devant Rutschuk et en entreprit le siège . La ville est située sur la rive gauche du Danube ce qui forçait les russes à établir une tête de pont sans cesse menacée, soit par les attaques féroces des turcs soit par une flottille qui interceptait les communications sur le Danube et empêchait la construction d'un pont. Dans cette campagne le rôle des flottilles fluviales fut primordial en garantissant les communication et en apportant un appui feu non négligeable soit lors des sièges ou dans les grandes batailles rangées le long du Danube. Rutschuk investie, Kamenski décida de s'avancer le plus vite possible vers Schumla pour y devancer le grand Vizir et son armée. Mais perdant cette course, il trouva la ville en état de soutenir un siège tout en conservant le contrôle des communications vers les cols des Balkans. Les combats des 22 et 23 Juin , bien que des victoires tactiques russes ne purent forcer les retranchement turcs, Kamenski vainqueur se retira vers Rutschuk qui résistait toujours. Les turcs dont le moral ,un instant ébranlé, remontait prestement décidèrent de soulager la ville assiégée en envoyant à son secours une armée qui descendait le long du Danube en venant de Nicopolis. Les turcs sous les ordres du seraskier Kurschanz Ali regroupaient environ 30.000 hommes . Kamenski dont la retraite de Schumla avait mécontenté la cour de Saint-pétersbourg et ses généraux avait rejoint Silistrie avec une partie de son armée. Apprenant l'approche de l'armée de secours de Kurschanz Ali, Kamenski quitta Silistrie avec 20 bataillons et 30 escadrons le 23 aôut. Il franchit les 100 kilomètres en trois jours et se présentait devant Rutschuk le 26. Sans s'arrêter, l'armée poursuit son chemin vers l'Ouest par la route de Ternova à la rencontre des divisions des généraux Koulneff et Ouvarof qui avaient abandonnées le siège pour couvrir celui-ci. Le 28 août la reconnaissance le long du Danube par ces deux divisions tomba sur les positions turques autour de Battin. L'attaque immédiate des deux divisions fut stoppées net par une résistance acharnée des turcs et par le feu de leur flottille embossée sur le Danube. L'arrivée de Kamenski et de la flottille russe, longtemps attendue, repoussa la bataille jusqu'au matin du 7 septembre.

La situation du village de Battin , le long du Danube, derrière une longue série de collines escarpées, était idéale pour une armée turque consciente de son infériorité manœuvrière face à des troupes réglées. Le seraskier décida la construction d'un camp fortifié constitué primitivement de deux retranchements sur les hauteurs qui dominaient le village de Battin . Après l'échec des attaques du 28 août, trois redoutes furent ajoutées au système défensif le long du Danube. Sur celui-ci, une flottille armée garantissait la sécurité de la route de Sistova , principale voie de communication vers Nicopolis. Les retranchements furent construits avec science par les ingénieurs turcs. Le camp principal ,était couvert vers Battin par une pente escarpée oû les chevaux ne pouvaient monter que tirer par les rênes par des chemins muletiers. Sur son front, tourné vers les russes, une palissade à hauteur d'homme dominait un fossé lui-même palissadé, ce qui offrait un double étage de feu sur le plateau et les ravins qui menaient à la position. Les turcs eurent les plus grandes difficultés à garnir d'artillerie leurs positions du fait de leur inaccessibilité. De son coté , Kamenski fit occuper par des cosaques le village d'Albanoff qui faisait face à la position des turcs. Il attendait l'arrivée de la flottille russe du siège de Rutschuk qui devait d'abord dégager le Danube avant toute opération. Devant les difficultés apparentes d'une attaque de front des positions turques , les russes décidèrent un double mouvement par les ailes, sachant que jamais les turcs n'oseraient perdre l'avantage de leurs positions. Dans la nuit du 6 au 7 septembre, l'armée de Kamenski se divisa en deux et pris position sur les hauteurs devant Albanoff pour la colonne de droite et sur le vaste plateau traversé par la route de Ternova , pour l'aile gauche (voir ordre de bataille).

Au petit jour, le soleil dans le dos, les russes s'avancèrent le long du Danube. Cette attaque du 32ème chasseur était appuyée par quatre pièces d'artillerie et la flottille. Son but était de repousser la flottille turque le plus loin possible en amont afin qu'elle ne puisse gêner l'avance générale de l'aile droite. Vers 8h l'aile gauche s'avança sur le plateau formée en colonne serrée sur deux lignes, arrivée à portée des canons turcs du camp principal, les colonnes se déployèrent en carré sur deux lignes: 6ème et 7ème chasseurs, grenadiers de Moscou, mousquetaires de Kostof, de Naruvoï et de Braensky. Ces carrés se portèrent vers 9h devant le camp turc couverts par le feu de 24 pièces légères et 6 pièces lourdes, des cosaques et des tirailleurs masquaient les flancs, surtout à droite de l'attaque où des sipahis téméraires jaillissaient sporadiquement du ravin. Ce mouvement impressionnant n'était qu'un leurre. Le gros des cosaques, de la cavalerie et trois régiments d'infanterie (11ème chasseurs, grenadiers Malikof, mousquetaires Kurinsky) tournèrent la position turque et se portèrent vers Battin .

Sur la droite, simultanément, une lourde colonne d'attaque s'avança vers la redoute turque la plus proche. La nature du terrain força le général Illawoïsky à lancer ses colonnes sans le soutien direct de la cavalerie qui resta en protection des batteries d'artillerie couvrant l'attaque. L'impétuosité des russes, renforcée par la vision de l'incendie de la flottille turque, emporta le retranchement. Les grenadiers de Fanagorie qui suivaient en réserve, poursuivirent avec une telle ardeur les fuyards turcs, qu'ils pénétrèrent avec ceux-ci dans une seconde redoute. Le retranchement le plus proche du Danube tomba sous les coups de la flottille russe et sous l'assaut du 32ème chasseurs. Mais, au grand dépit des russes , la plupart des fuyards, au lieu de se sauver vers Sistova se précipitèrent à travers les ravins vers la redoute la plus haute au dessus de Battin, renforçant ainsi sa garnison. Sur les hauteurs derrière le ravin de Battin, vers 10h la cavalerie de l'aile gauche russe se heurta à une vigoureuse charge des turcs qui bloquèrent ainsi l'avance de la colonne d'infanterie russe qui était en soutien . Mais le feu à bout portant de la batterie de 12 pièces cosaques emporte rapidement la décision du combat. La cavalerie turque en fuite fut poursuivie par trois escadrons du régiment de hussards d'Olviopol provenant de l'aile droite. A ce moment la jonction des deux ailes marchantes russes semble devoir sceller le sort de la bataille. Or, il n'en est rien, la volonté de résistance des turcs est intacte et le gros des forces n'a pas été encore engagé. De plus, la difficulté à déplacer l'artillerie joue à plein, l'éloignement des rives du fleuve ne permet plus à la flottille d'apporter le soutien des feux de ses pièces lourdes.

L'échec des attaques sur Battin par l'infanterie russe du général Koulnef en apporte la preuve. Sans préparation d'artillerie, le 11ème chasseurs se jeta sur Battin et s'en empare, mais une charge furieuse de janissaires et d'albanais venant du camp principal le rejette en dehors du village avec de lourdes pertes. Poursuivis par une nuée de sipahis, les chasseurs retraitèrent en carré jusqu'aux pentes du plateau tenu par Koulnef. Celui-ci demanda alors des renforts à Kamenski qui restait toujours exposé aux feux du front du retranchement principal . Kamenski détacha deux régiments de mousquetaires (Braensky, Kostof) et les hussards d'Alexandropol pour renforcer son attaque. Sur l'aile droite, Le général Illawoïski regroupa ses forces pour attaquer la redoute de Battin. Les pentes escarpées y menant empêchaient tout mouvement de charge. Et c'est sous un feu terrifiant, au pas, en colonne par compagnie, que par trois fois les bataillons des cinq régiments présents (Vitebsk, Novgorod, Drepof, Tombof et grenadiers Fanagorie) se jetèrent sur le glacis de la redoute. Ces attaques lancées à partir de 15h par le ravin de Battin sont appuyées par le feu de 20 pièces placées sur la face opposée de la redoute, sur une hauteur avoisinante. Lors de la dernière et décisive attaque, le général Ilawoïski fut blessé à mort par un coup de feu bien ajusté. Un moment décontenancé par la perte de leur général, les russes reculèrent. Mais rendus furieux par les scènes du massacre des blessés devant la palissade par des janissaires avides de trophées, dans un dernier élan , la redoute fut prise et ses défenseurs passés au fil de l'épée. Koulnef, de son coté attendait patiemment les renforts demandés.

Kamenski, passant devant les troupes reformées de Koulnef s'emporta contre la trop grande prudence de celui-ci. Ce fut devant tout l'état-major réuni, que Kamenski releva de son commandement le pauvre Koulnef. Ses aides de camp eurent le plus grand mal à retenir ce dernier car il voulut se jeter seul vers le camp retranché qui les narguait sur sa colline. Un vent de révolte souffla sur les troupes de Koulnef qui refusèrent dans un premier temps de suivre les ordres de Kamenski. Ce ne fut que vers 17h30 que les colonnes d'attaque se décidèrent à avancer. Il ne fallut pas moins de 7 régiments d'infanterie pour gagner le pied du camp. Sur cette face, les turcs avaient jugé que l'escarpement était si accentué qu'il était superflu de poursuivre la construction de la palissade. Ce fut donc derrière un rempart de cadavres que les janissaires attendirent en poussant des grands cris de " Allah'U' Akbhar "

les colonnes russes. Les grenadiers de Malikof furent les premiers à prendre pied sur la colline. Le moral des turcs s'effondra alors et dans cette sanglante mêlée fut tué Kurschanz Ali. Les turcs se rendirent par milliers mais la bataille n'était cependant pas finie. Les russes pénétrant dans le camp par l'Ouest repoussaient devant eux les plus irréductibles, la presse était si grande que les défenseurs du rempart Est furent littéralement propulsés dans les fossés. Les russes de la force de blocage se virent soudain enveloppés de toutes parts par une nuée de fuyards qui débouchaient directement du fossé et des ravins. Un instant submergés, les russes ne durent leur salut qu'à la panique folle qui s'était emparée des janissaires. Des cosaques furent assaillies par 10, 15 turcs qui en voulaient, non pas à leur vie mais à leur cheval pour s'enfuir plus vite. Certains des cavaliers atteignirent ainsi Albanof, oû leur apparition jeta un instant la panique sur les arrières de l'armée russe. Le premier flot de fuyards passé, les régiments se déployèrent et le reste des turcs fut pris comme dans une nasse. Le choix des Ottomans était simple: la baïonnette des grenadiers ou le feu de salve des mousquetaires dans la plaine. Vers 18h30, les derniers turcs se rendirent. Les pertes Ottomanes furent très lourdes: 10.000 tués ou blessés, 6.000 prisonniers, 24 pièces de 6£ et 12£. De leur coté, les russes déplorèrent 2.000 hommes de pertes. L'armée russe se replia sur Rutschuk dès le lendemain en laissant au général Saint-Priest le soin de poursuivre les débris turcs. La ville capitula le 26 septembre 1810. Les conséquences tactiques de la bataille n'apportèrent aucun résultat stratégique: les cols des Balkans n'étaient pas atteints, l'armée du vizir restait intacte dans la région de Schumla. Kamenski eut beau pavoiser pour Saint-Pétersbourg, son incurie et les ennemis qu'il s'était fait à l'armée eurent raison de sa superbe. Désavoué pour sa trop grande pusillanimité, il garda cependant le commandement de l'armée. Contrairement aux habitudes tacites de pause des combats pendant l'hiver, il prépara activement une offensive qui ne put avoir lieu car il mourut de " fièvres malignes " le 15 mai 1811. Son remplaçant, Kutusov ne fit guère mieux et resta sur ce théâtre secondaire jusqu'en 1812. Mais cela est une autre histoire.

Ordre de bataille russe

Général-en-chef: Kamenski

Aile Gauche

Première colonne: génral major Koulnef
Rgt de cosaques de Barabantskof

Rgt de cosaques de l'Ataman

Rgt de cosaques de Sulin

Rgt de cosaques de Welnikof

Rgt de cosaque de Platov

Rgt de cosaques de gardonef

Hussards de Biélorussie

12 pièces légères d'artillerie cosaque

Deuxième colonne: général major Sabanef

Rgt de cosaques de Siseyef

Rgt de cosaques de Lukuffkin

Hussards d'Alexandropol

12 pièces légères d'artllerie à pied

6 pièces lourdes de position- 7ème rgtd de chasseurs à pied

11ème Rgt de chasseurs à pied

Rgt de grenadiers de Moscou

Rgt de mousquetaires Braensky

Rgt de mousquetaires Kurinsky

Troisième colonne: général Saint- priest

dragons de Staridubof

dragons de Livonie

12 pièces légères d'artillerie à pied

6ème Rgt de chasseurs à pied

rgt de grenadiers de malikof

Rgt de mousquetaires de Naruvoï

Rgt de mousquetaires de Kostof

Aile Droite

Première colonne: général major Illawoïski
6ème Rgt de cosaques

Hussards d'Olviopol

8 pièces d'artillerie légère à pied

Rgt d'infanterie Illawoïski

Rgt de mousquetaires Tombof

Rgt de mousquetaires Drepof

32 ème Rgt de chasseurs à pied

 Deuxième colonne: Lieutenant général Ouvarof

dragons de Saint-Petersbourg

dragons de Smolensk

Rgt de cosaques d'Andrenov

dragons de Darpat

18 pièces d'artillerie lourde à pied

Rgt de grenadiers de Fanagorie

Rgt de mousquetaires de Vitebsk

rgt de mousquetaires d'Orlof

Rgt de mousquetaires de Novgorod

Rgt de mousquetaires de Naschebourg

 

Notes

1. Annales des sciences et des faits militaires Paris Firmin Didot 1818-1819

2. Voina rossi s' turtsiei 1806-1812 par A.N Petrov: St Petersbourg 3 vols: 1885-1887

3. Etat militaire Ottoman depuis la fondation de l'Empire jusqu'à nos jours (en turc) Bey Ahmed Jawad: Constantinople 1882

4. Johnson, W. & C.Bell. The Ottoman Empire and the Napoleonic Wars Doncaster : Imperial Press; 1988.

5. La politique orientale de Napoléon : Driault edouard paris 1904

6. traité sur la guerre contre les turcs: Général Valentini ( traduction G. Besson) Paris/Berlin 1830.

7. Annales des faits et sciences militaires, Firmin Didot éditeur , Paris 1819 Vol 3

8. Précis des dernières guerres des russes contre les turcs, Général Valentini (traduction E de la Coste), Paris 1825

9. cité dans l'ouvrage de Valentin note 6

10. correspondance de Napoléon in corresp. .Turquie , 20 juin 1806

11. correspondance de Sébastiani in : la politique orientale de Napoléon opus citatum

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