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Le 4e Régiment de Dragons à Nangis 1814
By: Manuel Antonio Britos
Rentrée en France * Les draps et les casques *
Les Andalous * Les cosaques * Le préparations * Pain de Paris! *
Feux immense * Messieurs! Les officier à
cheval * Pauvre Blanchet, mon trompette
* Dans une heure toute
cette infanterie sera à nous
* Suivez le mouvement des dragons * D’Agout
blessé * Le jument *
Oh moi!, je suis perdu.
Rentrée en France
La division Trelliard était partie le 15 janvier de ses cantonnements
sur L’Adour, pour se diriger sur Orléans. A cette date, son effectif
était de 3.600 hommes.
L’itinéraire trace a la 1ere brigade, qui se composait des 4e,
14e et 16e dragons, passait par Auch, Agen, Limoges
et Orléans. Elle était commandée par le général Ismert. La 2e
brigade comprenait les 17e, 27e et 24e
dragons.
Lors de leur départ pour L’Espagne, les cavaliers de la Division Latour
Maubourg avaient vu la France dans tout l’éclat de la puissance et de
la gloire. Apres cinq années d’une guerre de plus pénibles, ceux d’entre
eux que les balles espagnoles ou les maladies avaient épargnes la retrouvaient
vaincue et envahie par les mêmes ennemis qu’ils avaient battus à Ulm,
à Eylau et à Friedland; mais, à côté de l’amertume que cette pensée
devait leur causer, il y avait place dans leur cur pour d’autres sentiments;
d’abord, l’espoir de faire payer cher aux envahisseurs leur entrée en
France, et aussi la satisfaction bien légitime de retrouver leur patrie
après une si longue absence.
La cavalerie, dit le colonel d’Agout,[1]
allait avoir une longue et pénible route a faire avant que ses chevaux
andalous se rencontrassent avec ceux de l’Ukraine dans les plaines de
la Champagne.
On eut avant de partir l’idée de retirer leurs fusils aux dragon,
pour armer la garde nationale des Pyrénées. Ce fut la un grand poids
de moins pour les chevaux.
Ce long voyage à travers la France fut la joie de nos vieux dragons.
Ils étaient heureux d ‘entendre parler Français, de dormir tranquilles
et de recevoir un accueil empresse et cordial.
Nos vieux régiments, nommés les dragons d’Espagne, faisaient l’admiration
des population. Quatre ans en Espagne n’avaient rajeuni ni les hommes,
ni les uniformes, et leur tenue avait quelque chose de celle de Robinson
dans son île. Beaucoup étaient habiles non en drap vert, mais en drap
brun, ce qu’ils nommaient drap de curé, parce que plus d’un manteau
de prêtre était devenu vêtement de soldat. Mais ce qui portait le
plus l’empreinte du temps et de la décrépitude, c’étaient les casques
et les bonnets a poil : les crinières n’existaient plus, et les
bonnets a poils n’avaient plus que le cuir. Tout cela nous donnait
un aspect extraordinaire.[2] Mais nos chevaux andalous si fins, si souples
sur leurs jarrets et si vigoureux, eurent un succès éclatant. Plus
d’une fois on cria : « Vivent les Andalous ! ».[3] Quant aux officiers, nous étions partout reçus
comme dans nos familles et rarement nous pûmes dîner réunis.
Hommes et chevaux étaient tellement habitues à la fatigue, que nous
n’en laissâmes presque aucun en route. L’empereur, dans une lettre
au vice roi d’Italie, cita la marche des dragons d’Espagne comme un
exemple a suivre ….
…En approchant d’Orléans, la panique se montra de tous cotes. On
était en février 1814 et 600.000 soldats étrangers couvraient les
rives de la Seine et de la Marne et menaçaient Paris. Ce fut à Pithiviers
que nous apercumes les premières traces des Cosaques. Le soir même,
le 14e régiment de dragons fut attaqué si subitement que
le colonel faillit être pris dans son logement. Deux jours après,
aux environs de Fontainebleau, nous rencontrâmes pour la première
fois la cavalerie russe. On lui tua quelques homes. Un des cosaques
tués avait si bien fait ses affaires depuis son entrée en France,
qu’il avait cinq vêtements sur le corps. Le maréchal des logis qui
l’avait tue, me dit naïvement : « C’est ça que ça ne pouvait pas entrer.
» Nous traversâmes la petite ville d’Essones, tellement encombre de
troupes qu’il fallut bivouaquer dans les vignes.
La division Treillard entra dans la composition du 6e corps
de cavalerie, commandé par le général Kellermann, comte de Valmy. L’effectif
du régiment, 4e dragons,[4]
fut, quelques jours après son arrivé à l’armée, porté à 570 hommes par
l’incorporation des détachements provenant du 3e corps de
cavalerie et de la division de cavalerie du corps de Pajol. Le 15 février,
un officier d’état-major de la place de Paris, envoyé au devant des
4e, 21e et 26e dragons, prescrivit
au général Ismert de ne pas poursuivre sa route sur Fontainebleau et
de se diriger sur Corbeil. Il lui recommandait aussi de marcher militairement
et de se tenir sur ses gardes. De Corbeil les dragons devaient, par
Melun, gagner le point que leur fixerait le maréchal Oudinot ou le général
Kellermann.
Se conformant a ces instructions, la division Treillard raillant, le
16 février, L’Empereur à Guignes, au moment ou celui-ci, vainqueur de
Blücher dans les quatre journées de Champaubert, de Montmirail, de Château-Thierry
et de Vauchamps, se disposait à prendre l’offensive contre l’armée de
Bohême, déjà parvenue à Montereau. Les deux corps de cavalerie de Valmy
et de Milhaud furent placés sous les ordres du maréchal Victor, qui
devait se porter sur Mornant.
Le 16 février, dit le colonel d’Agout, la grande route suffisait
à peine aux longues colonnes d’infanterie, à notre profonde ligne
de cavalerie et à la nombreuse artillerie. Tout cela sentait la bataille.
J’allais à pied, afin de me réchauffer. Blanchet, mon trompette et
mon cuisinier, marchait à quelques pas de moi. Un de ses camarades
lui dit en passant : « Regarde donc, regarde ces gredins de corbeaux,
en voila-t-il. Et quel cris ils font. Bien sur, il y aura des casques
de reste. »
Une grande concentration de troupes se fit, pendant la journée, sur
Nagis. Les champs, getes, étaient sillonnes de colonnes de troupes
en marche. On rencontrait des généraux, des officiers en mission.
Le bruit courut que l’empereur n’était pas loin. Notre établissent
pour la nuit donna peu de peine. Chaque régiment se placa dans un
champ, sans eau, sans paille, sans bois et sans vivres. Il faut donne
s’en procurer dans les villages. Cependant, nous vîmes paraître quelques
grosses charrettes de Paris les dragons se mirent à crié : « Du pain
de Paris! » C’était nouveau pour nous. C’était, en effet, des pains
de Paris, mais ils étaient un peu moisis. Bientôt les dragons revinrent
avec des provisions. Je vis même passer des bidons remplis de vin.
La nuit venue, d’innombrables feux brillèrent dans la campagne. À notre
gauche, de l’autre côté de la route, étaient campés les différents corps
de la veille garde de l’empereur.
En face et très prés, se trouvait une autre ligne de feux immense
: C’était l’armée des allies.
Combat de Nangis
Le 17 février, le général Girard chassait de Mornant le comte Pahlen,
qui se mit en retraite dans la plaine qui s’étend jusqu’à Nangis, les
flancs couverts par deux régiments de Cosaques à droite et par quatre
escadrons de Hussards à gauche.
Le colonel d’Agout, qui fut grièvement blessé à ce combat, fait le
récit suivant de la journée:
Au jour, la joyeuse fanfare du matin nous avertit qu’il fallait s’occuper
sérieusement de la journée. Les officiers et moi nous visitâmes les
armes et les chevaux. C’était de circonstance. Puis vint le déjeuner,
qui fuit gai comme à l’ordinaire.
À 9 heures, l’adjudant passa en criât : « Messieurs les officiers,
à cheval! » Nous entourâmes le colonel et nous partîmes au galop pour
faire une visite à l’empereur. Nous n’eûmes pas loin à aller. Les
deux tentes, la grosse berline et les deux fourgons historiques se
montrèrent bientôt. L’empereur était debout près du feu. Nous fîmes
cercle autour de lui. Il avait son petit chapeau, l’habit vert des
chasseurs de la garde, la redingote gris et les bottes à l’écuyère.
Il fit plusieurs questions au colonel; la canonnade devant très
vive, l’audience fut abrégée. « À cheval, Messieurs! » nous dit l’empereur.
Le régiment était déjà en bataille. On fit former les pelotons, operation
troublée plus d’une fois par les boulets russes, qui emportaient des
files entières. J’étais devant mon escadron, lors qu’un boulet, passant
à côté de moi, fit un trou en terre. Je ramenai alors ma jument, effraya,
sur le trou même. A ce moment, un boulet coupa la tête du pauvre Blanchet,
dont je vis le casque s’élever de deux pieds en l’air. Je pensai alors
aux corbeaux de la veille. Le général Kellermann prit le commandement
de la division de dragons. Il passa devant le régiment, parla au colonel
; puis, regardant avec sa lunette la nombreuse infanterie russe en
bataille masse devant nous, il dit simplement et sans forfanterie:
« Dans une heure, toute cette infanterie sera à nous. »
En même temps, le colonel reçut l’ordre de marcher sur l’infanterie
russe. Tout le régiment ne formait qu’une ligne. Les autres régiments
chargeaient d’une autre côté. Nous nous mimes au trot. Cette masse
de cavalerie faisait un bruit sourd et offrait un spectacle imposant.
Nous passâmes devant l’empereur, les sabres s’agitèrent et les cris
de « Vive L’Empereur! » retentirent. Napoléon dit au commandant de
l’escadron de service de la garde : « Suivez le mouvement des dragons.
»
Avec une grande rapidité, l’infanterie russe s’était mise en carres,
laissant en dehors des tirailleurs qui furent tous sabres ou pris.
Pas un des ces malheureux ne tenta de fuir ou de reculer d’un pas.
Ils nous attendaient, tiraient sur nous a quatre pas, nous lançaient
un coup de baïonnette, puis tombaient perces d’un coup de sabre. Quelques
dragons tombèrent aussi. Pour ma part, je fis trois ou quatre prisonniers.
Le régiment était encore très ensemble en arrivant au gallop sur
les carres russes. En ce moment, cette infanterie, calme et visant
surtout les officiers, fit nous, à bout portant, une fusillade très
meurtrière. La, nous perdîmes beaucoup de monde. Le capitaine Shteme,
qui était à côté de moi, à ma droite, me cria : « Appuyez à gauche.
» Je tourne la tête de son côté et je vois qui étend les bras et
tombe mort.
Voyant en face de moi un officier russe, je me précipite sur lui,
espérant le renverser et pénétrer par la dans le carre. Mais il se
retira et une baïonnette prit sa place devant le poitrail de ma jument.
Je sentis soudain comme un violent coup de bâton sur la jambe droite
et mon étrier m’échappa. Je voulus y remettre le pied, mais je ne
pus. Ma jambe resta pendante. Cependant, je ne tombai pas. Une balle
ou un biscaïen venait de me casser la jambe. Un dragon m’aida à descendre
de cheval ; mais il me fut impossible de m’appuyer sur mon pied. Deux
dragons m’emportèrent. Je laissai la ma pauvre jument, dont le biscaïen
avait traverse le corps ; elle était déjà couverte de sueur et tremblait
de tous ses membres.
A quelques pas de la, je reconnais mon ami Stheme. Un peu plus loin,
l’empereur passa prés de moi, et voyant un officier blessé qu’on emportait,
il mit ses mains l’une contre l’autre et les serra avec un geste d’intérêt.
Un officier d’état-major vint en même temps me demander mon nom.
On me déposa dans une ferme ou se trouvait déjà un blessé du régiment.
Il était couché couvert de son manteau rouge et sang. Il me reconnut
et me dit :
-Vous étés blesse, mon capitaine?
-Oui, lui dis-je, j’ai la jambe casse ; et vous?
-Oh! Moi, répondit-il avec le plus grand calme, je suis perdu.
Et, soulevant son manteau, il me laissa voir que toute son épaule
et le bras avaient été emportée. Cette horrible blessure me fit une
profonde impression.
Le colonel Bouquerot des Essarts, qui Napoléon felicita en personne,
fut nommé officier de la Légion d’honneur sur le champ de bataille.[5]
Le capitaine d’Agout fut décore le 13 mars, en recompense de sa belle
conduite à Nangis. Le régiment eut le capitaine Stheme et 11 dragons
tués.[6]
Notes
[1] Les souvenirs du Colonel d’Agout, ancien capitaine au régiment,
et qui on été gracieusement communiqués au corps par Mme la marquise
de Charnace, née d’Agout, sa fille, nous donneront de précieux renseignements
sur l’existence du régiment à cette époque.
[2] Paradoxe! Le 6 octobre 1805 le régiment bivouaque sur les hauteurs
de Donauwerth et a l’honneur d’être passé en revue par l’empereur,
qui la felicite de sa belle tenue!
[3]La journée d’Ocana coûta aux espagnol 5 à 6.000 hommes tués et
15.000 prisonniers. Les jours suivants, les dragons poursuivirent
à outrance les debris de l’armée battue à Ocana et enlevèrent encore
6.000 prisonniers, une grande quantité de bagages et un nombre considerable
de chevaux andalous, qui furent d’un précieux secours pour la remonté
des corps
[4]Depuis le 7 octobre 1811, le régiment était commandé par le colonel
Bouquerot des Essarts dont M. d’Agout nous fait le portrait suivant:
Il arriva, enfin et le 4e dragons
n’eut pas à se plaindre. Le colonel Bouquerot
n’avait ni le ton, ni l’instruction du colonel
Farine, mais c’était un officier simple
de caractère, sobre de parole et d’une grande bravoure.
Nous le jugeâmes très bien à ses manieres, à
ses paroles et à une enorme balafre reportée
d’Egypte. Farine et le dragon Herbut furent faits prisonniers
au combat d’Usagre par les anglais . Farine fut prisonnier de guerre
à Dantzig 1er janvier 1814.
[5] Extrait des états de service du colonel Bouquerot des Essarts
et signé du général Treillard. Le colonel Bouquerot des Essarts fuit
blessé à Aboukir (Turks), Aboukir (anglais), Eylau ( deux coups de
baïonnette), et Ligny.
[6] Dragons tués à Nangis: M. des Log.
Remy, Dragons Lahaye, Roges, Martín, Pinceloup, Blanchet, Manoury,
Renaudin, Priot, Reignier et Peyre. Dragons blesses à Nangis: Capitaine
Decumont et d’Agout
Source:
Lemaitre, L. Historique du 4e Régiment de Dragons (1672-1894).
Henri Charles Lavauzelle. 1894.
Placed on the Napoleon Series: November 2003
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