Military Subjects: Organization, Strategy & Tactics


Les marches préparatoires

Du Nièmen à Moscou

La retraite

Bataille de Krasnoë

Les fusiliers et l'artillerie avec de Wrède

Passage de la Bérésina

La fin de la retraite

L'odyssée des chevau-léger

Bataille de la Bérésina

Infanterie

Cavalerie

Artillerie

Notes


Les Alliés de la France durant la Campagne de Russie. Première Partie : Les Hessois

par Emmanuel Desanois
d'après les oeuvres du Colonel Sauzey, de la "Sabretache."

1. Les marches préparatoires

Napoléon et Alexandre s'étaient juré à Tilsit une amitié éternelle... Mais rien n'est éternel en ce monde, surtout les serments politiques; dès l'été de 1810, les rapports entre la France et la Russie commencèrent à subir un notable refroidissement, car la Russie n'appliquait pas, comme elle s'y était engagée, les conditions du blocus continental qui devait amener la ruine de l'Angleterre par la destruction de son commerce sur le continent.

En prévision d'une guerre prochaine entre les deux empires, le gouvernement français estima nécessaire de renforcer notablement les garnisons des places de l'Oder et celle de Dantzig. Les troupes du Rhin étaient tout indiquées pour ce rôle de prévoyance et de protection du territoire de la Confédération : un régiment hessois fut donc demandé par Napoléon au grand-duc Louis de Darmstadt.

Le 30 mai 1811, le régiment du Corps, à deux bataillons de mousquetaires, fort de 34 officiers et de 1543 hommes, accompagné de 2 pièces d'artillerie, partit de Giessen pour Magdebourg sous les ordres du colonel de Gall et des majors Weber et Dunker. Il y arriva le 11 juin et fut envoyé de là à Stettin pour y mettre fin à la contrebande des marchandises anglaises qui se faisait par la navigation sur l'Oder. Ramené en automne à Dantzig, le régiment hessois, incorporé dans la division Desaix du corps du maréchal Davout, demeura dans cette place jusqu'au printemps 1812, époque à laquelle il fut dirigé sur Neutief, dans la Frische-Neherung, avec la mission de coopérer avec la garnison prussienne de Pillau pour empêcher l'entrée des bâtiments anglais dans le Frische-Haff.

Embarqué le 5 juin pour Königsberg, le régiment du Corps se rend de là, par Wehlau, Insterburg, Gumbinnen, Stallupönen et Pilwischki à Kowno, où il arrive le 22 juin. C'était un des points où se rassemblait la Grande Armée, - qui jamais n'avait mieux justifié son nom, - avant d'envahir la Russie.

Le Major général ayant invité le 16 janvier 1812 le grand-duc Louis à préparer 4 nouveaux bataillons, 3 escadrons et 1 batterie de 6 pièces d'artillerie, ce dernier mobilisa et mit en campagne, en plus du régiment du Corps:

- le régiment de la Garde (colonel de Follenius, majors Strecker et de Steinling)
- le bataillon des fusiliers de la Garde
- le bataillon des fusiliers du Corps
- 3 escadrons de chevau-légers (colonel de Dalwigk, 12 officiers et 440 hommes)
- 1ère batterie à pied (4 pièces de 6 et 2 obusiers de 7 soit 190 hommes et 143 chevaux)

Tout ce contingent était placé sous les ordres du prince Emile de Hesse et devait primitivement rester réuni : nous verrons par la suite qu'il fut au contraire dispersé pendant la plus grande partie de la campagne, et que c'est à Vilna seulement, pendant la retraite de l'armée, que le prince Emile put grouper les débris des troupes hessoises et les ramener avec lui.

L'infanterie avait touché des fusils autrichiens neufs, des fourreaux de baïonnettes, et 125 cartouches par homme. La cavalerie était montée et équipée "comme elle ne l'avait encore jamais été."

Un ordre de Berthier du 9 février prescrivit au contingent hessois d'être le 17 du même mois en route pour Magdebourg ; il devait ensuite être dirigé sur la Poméranie prussienne et le Mecklembourg. En exécution de ces instructions, les Hessois quittent Darmstadt les 17 et 18 février 1812 en deux colonnes : la première est composée du régiment de la Garde, du bataillon des fusiliers de la Garde et de la batterie ; la seconde, du bataillon des fusiliers du Corps et des chevau-légers.

Par Giessen, Cassel, Wolfenbüttel, Brunswick, les Hessois atteignent Magdebourg le 5 mars : les 2 bataillons de fusiliers ont été réunis pour la durée de la campagne en un "régiment provisoire d'infanterie légère" sous le commandement du colonel de Schönberg : ce régiment compte 31 officiers, 1514 hommes, 20 chevaux de selle, 7 voitures et 18 chevaux de trait, plus 8 animaux de bât pour les vivandières et blanchisseuses du corps. La brigade d'infanterie hessoise - Garde et fusiliers - est attachée à la division Daendels du corps de Davout:
...Les brigades de Berg, de Hesse-Darmstadt et de Bade, que commande le général Daendels, ne formeront qu'une seule division qui portera le n° 26... [1]. Cette division, qui devait passer dans la suite au 9° corps (maréchal Victor), fut provisoirement dispersée dans les places de la Poméranie et du Mecklembourg:
...Un bataillon de Hesse-Darmstadt et un bataillon de Bade doivent être rendus le plus tôt possible à Kustrin pour former le fonds de la garnison de cette place. Un autre bataillon de Bade et un autre bataillon de Hesse-Darmstadt doivent être placés à une marche de Stettin pour en former la garnison. Toute la brigade de Berg doit être dans la Poméranie suédoise ainsi que le reste des brigades de Hesse-Darmstadt et de Bade. Un bataillon pourra être détaché pour garder les côtes du Mecklembourg... [2].
...La garnison de Stettin sera formée par plusieurs bataillons de la division Daendels, ainsi que la garnison de Kustrin... [3].

En exécution de ces ordres, les Hessois ont quitté Magdebourg, franchi l'Elbe à Domits, et leur deux colonnes se sont réunies le 13 mars à Rostock, où demeurent le régiment de la Garde et l'artillerie. Le prince Emile est dirigé sur Stettin avec le régiment d'infanterie légère et les chevau-légers ; il y parvient le 22 et détache un escadron à Kustrin ; quelques jours après, le maréchal Davout ayant traversé Stettin en se rendant à Thorn, les chevau-légers hessois lui fournissent une escorte d'un escadron qui l'accompagne dans cette dernière place (29 Mars) : les cavaliers de Darmstadt sont ainsi dispersés dans toute la Poméranie prussienne où ils assurent le service de correspondance, et c'est seulement au milieu du mois de mai que le colonel de Dalwigk parvient à concentrer son régiment à Koslin et dans les environs.

A la fin de Mai, le régiment de fusiliers et l'artillerie hessoise envoyés à Stralsund, Rugen et Greiffwald dans la Poméranie suédoise passent sous les ordres du général Morand, gouverneur de cette province: ils y demeurent pendant quatre mois, surveillant les côtes pour s'opposer aux tentatives de débarquement des Anglais, et en partent le 19 septembre pour Dantzig qu'ils atteignent le 12 octobre. De là, ces deux corps rejoignent le théâtre des opérations: ils marchent par Dirschau, Marienbourg, Elbing, Königsberg, Tilsit, Kowno (1er novembre), sur Vilna - où ils se reposent six jours, et entrent dans la formation d'une brigade de renfort envoyée au général de Wrède qui est chargé de couvrir Vilna et d'opérer contre Wittgenstein pendant la retraite de la Grande Armée. Nous suivrons, un peu plus loin, les marches et les opérations des fusiliers hessois et de la batterie durant le temps qu'ils passèrent sous les ordres du général bavarois, jusqu'au moment où ils firent leur jonction le 9 décembre à Vilna avec le reste du contingent de Darmstadt.

Quant au régiment de la Garde, il demeura à Rostock depuis le milieu de mars jusqu'à la fin de juin : il en partit en emportant les félicitations du général Lagrange pour la bonne tenue dont il avait fait preuve pendant son séjour dans le Mecklembourg ; ses deux bataillons se rendent alors successivement à Königsberg d'où le 1er est dirigé sur Kowno et de là (18 juillet) sur Vilna ; le 2ème bataillon, quittant à son tour Königsberg (24 juin), parvient le 10 août à Vilna où il fait sa jonction avec le 1er bataillon du régiment du Corps.

2. Du Nièmen à Moscou

Les différents éléments du contingent hessois étant dispersés comme nous venons de le voir, le prince Emile n'avait plus de commandement effectif : il fut appelé au grand quartier impérial, suivit l'Empereur et assista à ses côtés à toutes les grandes affaires de la campagne : à la prise de Smolensk, à la bataille de la Moskowa, à l'entrée à Moscou, au combat de Malo-Jaroslawetz ; le prince, qui n'avait que vingt-deux ans, était fort apprécié à l'état-major de Napoléon pour son entrain et ses réelles qualités militaires.

Le contingent hessois, employé jusqu'à présent comme troupe de garnison dans les places de l'arrière, va maintenant servir à la garde des voies de communication de l'armée et à la formation d'unités de renfort dont l'immense armée sentira bientôt le besoin ; nous ne trouverons donc pas nos alliés de Darmstadt employés activement sur les champs de bataille fameux qui jalonnent la route de Moscou : leur rôle, d'abord modeste, changera au moment de la retraite où ils feront bravement tous les sacrifices qui leur seront demandés, même celui de leur vie.

Le régiment du Corps avait atteint Kowno le 22 juin : le 24, son 1er bataillon franchit les ponts du Nièmen avec une compagnie de voltigeurs français et repousse quelques cosaques... D'où, la légende qui courut dans l'armée, que les Hessois avaient tiré les premiers coups de fusil de la campagne ! - Ce bataillon demeura à Kowno comme troupe d'étapes, pendant que le 2ème était chargé d'escorter le parc d'artillerie du 2ème corps et parvenait le 28 juin à Vilna : poussé par Osmiana et Minsk jusqu'à Mohilew sur le Dniepr (8 juillet), ce bataillon se rendit ensuite à Orcha et demeura à Dubrowna jusqu'au 12 août, sans avoir pris part aux batailles de Mohilew, de Smolensk et de la Moskowa (à cause du service d'escorte du parc dont il était toujours chargé) ; il demeura trois jours sur le terrain de Borodino pour ramasser les armes des morts ; dirigé ensuite sur Fili, village voisin de Moscou, il y prit ses cantonnements après l'occupation de la Ville-Sainte russe par Napoléon.

Quant au 2ème bataillon du régiment du Corps, demeuré à Kowno jusqu'au 15 juillet, il en part pour Vilna où il fait sa jonction avec le 1er bataillon des Gardes hessoises récemment arrivé de Kowno ; les 2 bataillons hessois dirigés par Swenziany, Gloubokoë, Kamen, sur Witebsk, atteignent cette ville le 29 août : ils y rallient l'autre bataillon des Gardes, et les Hessois maintenant fort de 3 bataillons sous les ordres du colonel de Gall escortent par Rudnia et Inkowo un grand convoi de Witebsk à Smolensk ; ils stationnent dix jours dans cette dernière ville et prennent la route de Moscou ; tout le régiment des Gardes étant demeuré à Wiasma (10 octobre) pour en constituer la garnison, le 2ème bataillon du Corps arrive seul à Mojaïsk où il est rallié par son 1er bataillon venant de Borodino (20 octobre) : le régiment du Corps, au complet, va prendre des cantonnements près de Moscou.

L'Empereur avait décidé que le régiment hessois des Gardes et celui du Corps, que les circonstances avaient temporairement réunis, formeraient une brigade dans la division de Jeune-Garde du général Laborde : les hessois se montrèrent justement fiers de cette mesure, et leur jeune chef, le prince Emile, fit valoir auprès de ses soldats le prix d'une distinction que n'avait encore reçue aucune troupe de la Confédération du Rhin. Le régiment des Gardes compte à ce moment 800 combattants et le régiment du Corps plus de 500.

3. La retraite - L'infanterie hessoise à Krasnoë et à la Bérésina. Arrivée à Vilna

Le lendemain de l'entrée des Français dans Moscou, la Ville des Tsars s'embrasait, ne laissant aux conquérants que des ruines... Napoléon perd cinq précieuses semaines, espérant toujours négocier avec les Russes et attendant vainement des propositions de paix qui ne lui parviennent pas. Pendant ce mois d'automne, l'armée déjà très affaiblie souffre du manque de vivres ; sa ligne de communication est menacée : une armée ennemie descend du nord pour nous couper la retraite, et une autre armée remonte de la frontière turque pour nous interdire le retour... Enfin, le grand allié des Russes, l'hiver, s'approche à grand pas... L'Empereur donne au milieu d'octobre l'ordre de commencer la marche rétrograde.

Les 2 bataillons du régiment du Corps s'étaient réunis le 20 octobre ; le prince Emile les rejoint le 30 à Ghiat, et, le surlendemain 1er novembre, à son arrivée à Wiasma où il rallie le régiment des Gardes, il prend effectivement le commandement de sa brigade : elle est forte de 1300 hommes et accompagnée de 2 pièces de canon détachées depuis 1811 au régiment du Corps. Le 8 novembre on arrive à Smolensk où la brigade séjourne jusqu'au 14 et reçoit un détachement de renfort : 3 officiers et 331 hommes pour le régiment du Corps, et 50 hommes pour les Gardes. La retraite continue, - et le froid augment, - et l'ennemi devient chaque jour plus pressant ; le 14 novembre, les cosaques enlèvent tous les bagages des Hessois...

Bataille de Krasnoë

Le 17 novembre le maréchal Mortier amène à Krasnoë les divisions Laborde et Roguet, de la Garde Impériale ; la brigade de Hesse est réduite à un bataillon (49 officiers et 492 hommes) ; à neuf heures du matin, le régiment du Corps et 1 régiment de tirailleurs de la Garde française s'engagent contre les Russes en avant de la ville et se forment en carrés pour soutenir l'attaque d'une nombreuse cavalerie ennemie : le feu de l'artillerie éprouve fortement les 2 régiments français et hessois et démonte dans leurs rangs 3 pièces de canon : cependant, les escadrons russes sont repoussés.

Dans ses Souvenirs de captivité en Russie, le lieutenant hessois Peppler, du régiment du Corps, raconte de la façon suivante ce combat où ce régiment fut presque détruit : ...Le régiment du Corps, le 17 novembre, comptait encore une cinquantaine de files ; il combattit formé sur deux rangs, et, le soir, n'avait plus guère que 4 à 5 hommes valides dans la plupart des compagnies. 11 officiers tombèrent grièvement blessés sur le champ de bataille, et le colonel de Gall qui se tenait auprès de S.A. le prince Emile eut deux chevaux tués sous lui. Le prince donna l'exemple de l'intrépidité, de la résistance à la fatigue et du coup d'oeil militaire. Le terrain sur lequel se déroulait le combat était couvert d'une épaisse couche de neige dans laquelle on enfonçait jusqu'au-dessus du genou ; si l'on songe au froid terrible contre lequel nos effets d'habillement ne pouvaient pas nous garantir, au manque fréquent de nourriture dont nous souffrions depuis longtemps, enfin à l'insuffisance des moyens de secours pour les blessés, on peut se faire une idée des souffrances et des angoisses en présence desquelles se trouvaient les combattants durant cette sanglante journée. Je commandais la 2° compagnie du 2° bataillon, et je revins le soir avec 1 sous-officier, 1 tambour et 2 soldats... Les 11 officiers blessés avaient été transportés en toute hâte à Krasnoë où l'on put à peine leur faire un sommaire pansement ; le colonel de Gall trouva le temps d'aller les voir, de leur adresser quelques paroles de consolation et un suprême adieu, avant que l'ennemi n'entrât dans la ville en flammes, où tous ces braves devinrent la proie de l'incendie ou de la férocité des Russes : aucun d'eux ne revint jamais... [4].

On lit dans le rapport adressé par le prince Emile au grand-duc de Hesse à la suite du combat de Krasnoë: ...Le régiment du Corps a soutenu le feu de l'ennemi avec l'assurance et la persistance qui caractérisent les troupes éprouvées. Formé en carré, il repoussa la cavalerie ennemie et se déploya de nouveau après cette charge comme sur le terrain d'exercice. Le colonel de Gall a eu 2 chevaux tués sous lui. Après l'affaire, quand le régiment fut rentré dans les lignes, le général Laborde le félicita et exprima aux soldats hessois ses sentiments d'admiration. Les tirailleurs du régiment firent le coup de feu avec l'ennemi toute la journée et lui tuèrent beaucoup de monde... [5].

Les pertes de la brigade de Darmstadt étaient considérables : 11 officiers et 119 hommes hors de combat au régiment du Corps ; une vingtaine de soldats seulement au régiment des Gardes qui n'a pas été engagé sérieusement et n'a eu à souffrir que du feu de deux batteries russes. Le drapeau du 2° bataillon du Corps a eu sa hampe brisée par un boulet ; ce régiment n'a plus sous les armes, le soir, que 12 officiers et 65 hommes.

Continuant sa marche, l'armée atteint Orcha le 18 novembre et y passe le Dniepr. Le froid augment toujours et chaque bivouac ressemble, lorsqu'on le quitte, à un véritable cimetière... Le 19, à Dubrowna, le 1° bataillon des Gardes est chargé pour la journée de la protection des ponts ; seule, la Garde Impériale française, à laquelle est incorporée la brigade de Hesse, marche encore en ordre... Le 20, il reste plus d'officiers que de soldats au régiment du Corps... On atteint Cochanowo le 21, Bobr le 23 : la division Laborde n'a plus que la force d'un faible bataillon ; les Hessois forment une compagnie de 100 fusils.

Passage de la Bérésina

Nous arrivons au moment le plus dramatique de cette campagne, au passage de la Bérésina. La Jeune Garde parvient à Studianka le 26 novembre au matin et franchit la rivière le 27 à une heure du soir. Elle passe les ponts par 3 hommes de front, à distance très ouverte, et va bivouaquer à Brillowa : la brigade de Hesse n'a qu'un léger combat sur la rive droite et n'éprouve pas de pertes, tandis que les chevau-légers sont décimés sur la rive gauche, comme nous le verrons dans la suite. Le prince Emile est encore suivi de 50 soldats : ceux du régiment des Gardes sont commandés par le capitaine de Rosenberg ; les capitaines et lieutenants sans emploi se sont armés de fusils et servent d'escorte aux drapeaux des régiments. On arrive le 29 novembre à Koszuki : le thermomètre marque 32 degrés de froid... Les faibles noyaux des corps diminuent de plus en plus, et les infortunés qui tombent n'ont aucun espoir d'être secourus...

Enfin, après avoir traversé Osmania le 6 décembre, les Hessois atteignent Vilna le 8 : la brigade ne compte plus que 31 officiers et 24 hommes. Elle rallie heureusement dans cette ville le régiment provisoire des fusiliers et la batterie de Hesse qui y arrivent le 9 après un violent combat en même temps que le petit corps du général bavarois de Wrède.

Tout le contingent hessois se trouve enfin réuni : mais les régiments des Gardes et du Corps sont réduits à quelques hommes ; celui des fusiliers compte environ 500 fusils, la batterie les trois quarts de son effectif ; les deux pièces attachés au régiment du Corps ont dû être abandonnées près de Smolensk : pas un de leurs artilleurs n'a reparu... Quant aux chevau-légers, ils n'existent plus comme unité de guerre : la vingtaine de cavaliers revenus du champ de bataille de la Bérésina fait, avec les débris des hussards badois, le service quartier général du maréchal Victor.

Avant de suivre les Hessois pendant la fin de cette retraite tragique, nous allons retourner aux fusiliers et à la batterie que nous avons laissés arrivant à Vilna le 2 novembre pour y servir de troupe de garnison, et, éventuellement, de renfort pour la Grande Armée.

4. Les fusiliers et l'artillerie avec de Wrède. Combats de Wileyka, de Slowodka et de Vilna.

On pourra voir dans un autre article de cette étude [6] que le général de Wrède, après la perte de Polotzk et la presque complète destruction du corps bavarois, avait conduit les 1200 soldats qui lui restaient, ainsi que la brigade de cavalerie Corbineau (du 2° corps), à Dockchitsoui et Daniélowitchi où il stationna jusqu'au 19 novembre avec des avant-postes à Gloubokoë.

Il avait orienté sa politique de façon à rester indépendant entre les 2° et 9° corps qui luttaient sous Oudinot et sous Victor, et la Grande Armée en retraite sur Vilna ; le duc de Bassano, représentant de l'Empereur dans cette ville, se laisse facilement persuader par de Wrède que le petit corps bavarois - qui s'est augmenté des détachements venus de l'arrière, par la rentrée de beaucoup de convalescents et l'arrivée de nombreuses troupes de renfort, - est indispensable à la sûreté même de Vilna et qu'il y aurait danger pour cette place s'il s'en éloignait trop, pour coopérer avec le 2° corps par exemple : le général bavarois avait cependant l'ordre formel de se joindre au maréchal Victor, comme en témoigne cette instruction de l'Empereur : Mon Cousin, ... faites connaître au duc de Bellune ... que la brigade de réserve de Vilna, composée du 4° régiment westphalien, de 2 bataillons de Hesse-Darmstadt, qui à la fin du mois arrivent de la Poméranie suédoise, et de 8 pièces de canon, sera aussi sous ses ordres... [7].

Victor, commandant supérieur des troupes restées en arrière, espère si bien être rejoint prochainement par le corps bavarois, qu'il a adressé au général Hogendorp, gouverneur général de la Lituanie, l'ordre d'envoyer à de Wrède les troupes suivantes : la brigade Francesky (1 régiment de marche d'infanterie française, 2 régiments de marche de cavalerie), et la brigade Coutard (4° régiment westphalien et régiment des fusiliers hessois). Ces troupes étaient accompagnées de 12 pièces d'artillerie dont 6 de la batterie hessoise.

Coutard quitte Vilna le 10 novembre par un froid de 25° ; il a perdu dans cette ville, par suite d'un incendie, 8 des meilleurs chevaux de l'artillerie hessoise dont les caissons de munitions ont été sauvé à grand-peine ; quand il arrive à Daniélowitchi, le quart des chevaux d'artillerie manque déjà : on les remplace par de petits chevaux polonais.

La brigade hesso-westphalienne fait une très bonne impression à de Wrède quand elle rejoint les Bavarois: ...La brigade du général baron Coutard est dans un très bel état et ce général y maintient une discipline sévère et louable... [8].

Avec ses 3000 soldats, ses 24 canons, renforcés de plus de 3400 hommes par ces derniers renforts, de Wrède esquisse un mouvement sur Gloubokoë pour en chasser la cavalerie russe du général Wlastoff, pousse ensuite par Dockchutzouï, envoie Francesky à Berésino, mais déclare que l'occupation de Borisow par l'ennemi l'empêche de se porter sur les derrières de Wittgenstein et de menacer ainsi l'extrême droite de l'armée russe...

Ses effectifs fondent d'ailleurs de jour en jour : ...La brigade du général Coutard s'est diminuée d'un quart dans l'espace de huit jours ; la cavalerie française a plus de 300 malades, la physionomie des soldats westphaliens et hessois a tellement changé depuis huit jours - quoique tout le corps reçoive régulièrement les rations, - qu'il est à craindre que le nombre des présents sous les armes ne se diminue sensiblement sous peu de temps... [9].

Mais l'armée russe de Moldavie est arrivé en ligne sur le flanc gauche de la Grande Armée : de Wrède reçoit du Major général un ordre du 28 novembre qui lui prescrit de se porter sur Wileyka, d'y réunir des vivres, de s'assurer des ponts sur la Willia : il arrive sur ce point le 2 décembre et y est attaqué par l'ennemi le 4 : dans ce combat, le général bavarois manque d'être enlevé par la cavalerie ennemie et ne doit son salut qu'au capitaine hessois Meyer qui le recueille dans son carré ; de Wrède, reconnaissant, demanda et obtint la croix pour cet officier. Finalement, les Russes sont repoussés et le corps bavarois arrive le soir à Narocz ; le 5, on marche sur Slowodka où l'on s'arrête jusqu'au 8, jour où les Russes tentent encore d'en finir avec cette poignée de braves : de Wrède à renvoyé par prudence à Vilna tout son train et son artillerie, sauf 2 pièces de canon ; après un combat dans les rues du village, les cosaques sont refoulés et la retraite continue sur Vilna pendant la nuit, en carrés de bataillon ; les troupes sont épuisées... Des artilleurs, à bout de forces, se hissent sur les canons où ils meurent bientôt gelés ; le régiment des fusiliers de Darmstadt, à l'arrière garde, perd 68 hommes dans la terrible nuit du 6 au 7 décembre.

On parvint le 8 par Slob-Choumska à Kenno : Coutard n'a plus que 1000 soldats, Francesky que 300 fantassins et 150 cavaliers ; il reste un millier de Bavarois ; mais la moitié de ces survivants ont les pieds et les mains gelés.

Enfin, le 9 décembre, par Racom, on approche de Vilna ; Coutard tient la droite de la route, la 1° division bavaroise la gauche, la 2° est en réserve. Les cosaques sont tenus à distance ; quand on aperçoit en avant de la ville une longue ligne de troupes : tout le monde, dans le corps de de Wrède, pense que ce sont des secours qui sortent de Vilna... Mais un coup de canon fait bientôt connaître qu'on a affaire à l'ennemi : un parlementaire envoyé par le général russe Tchaplitz vient sommer de Wrède de se rendre sans délai, car il est coupé de l'armée française et cerné de toutes parts : L'Empereur Napoléon m'a donné l'ordre de me rendre à Vilna, répond le général bavarois, je saurai m'en ouvrir le chemin !

Dix pièces russes ouvrent bientôt le feu sur le corps bavarois qui continue sa marche, formé en carrés et couvert par des tirailleurs... Les 2 canons bavarois sont encloués, leurs chevaux d'attelage ne pouvant plus avancer... A ce moment, Lanskoï et Seslawine attaquent la ville ; mais le maréchal Ney en sort avec une colonne de 600 hommes de la division Loison : cet effort suffit pour dégager les Bavarois, refouler les Russes et leur artillerie : de Wrède et sa troupe étaient sauvés.

5. La fin de la retraite. - Revue de Wirballen. Le bataillon provisoire

La Garde quitte Vilna dès le 10 décembre ; malgré les réclamations de de Wrède, le régiment des fusiliers et la batterie de Hesse se sont réunis aux restes de la brigade que le prince Emile amène le 12 à Kowno : c'était la frontière de la Russie.

A ce moment, les débris de la Grande Armée s'élevaient à environ 45000 hommes ; mais sur ce nombre, il n'y avait guère que la Garde Impériale, infanterie et cavalerie, - un millier d'hommes, - qui eut conservé ses liens organiques ; tout le reste était débandé. Avec les 70000 soldats qui composaient les armées d'ailes de la Grande Armée, corps de MacDonald et troupes auxiliaires prussiennes d'Yorck au nord, corps saxon de Reynier et Autrichiens de Schwarzenberg au sud, c'était tout ce qui demeurait des soldats de Napoléon : la campagne de Russie semblait avoir tari notre force militaire, et la stupeur des coalisés fut extrême, quelques mois plus tard, de trouver en face d'eux dans les plaines de Saxe une nouvelle et ardente armée française qui semblait sortie de terre comme par enchantement.

Pour réaliser ce miracle, l'Empereur avait quitté l'armée le 5 décembre à Smorgoni et gagné Paris, laissant le commandement au roi de Naples.

La Garde passe le Nièmen le 13 décembre à Kowno. Pendant que l'arrière-garde arrivée ce jour même avec le maréchal Ney livre un dernier et glorieux combat en avant de la ville pour permettre l'écoulement de tout ce que nous avions encore sur la rive droite du Nièmen, le régiment des fusiliers fournit à la batterie hessoise une escorte de 80 hommes chargée d'assurer le passage des pièces à travers la ville en flammes ; au prix de difficultés inouïes, au milieu de l'encombrement des voitures de l'armée et sous le feu des Russes que contient le "Brave des Braves", le capitaine Karlsen, commandant cette escorte, parvient à faire traverser à la batterie tout entière la ville et le pont du Nièmen : il fut, pour ce fait, nommé Commandeur de l'ordre hessois "Pour le mérite" avec cette mention flatteuse du grand duc : "Pour avoir sauvé mon artillerie."

On prend la route du Gumbinnen ; les chevaux sont épuisés et meurent dans les colliers... Faute d'attelages, la batterie abandonne successivement tous ses caissons, sauf deux... Mais elle peut conserver ses pièces avec lesquelles elle arrive le 16 à Wirballen. La brigade y est passée en revue par Murat: elle présente sous les armes l'effectif suivant:

- Régiment des Gardes: 5 officiers, 13 hommes.
- Régiment du Corps: 8 officiers, 13 hommes.
- Régiment des fusiliers: 26 officiers, 206 hommes.
- Artillerie : 1 officier, 44 hommes, 6 canons.
- Total: 40 officiers, 276 hommes, 6 canons.

Le roi de Naples complimente les Hessois, "seules troupes qui soient en parallèle avec la Garde Impériale!" dit-il au prince Emile. De Wirballen, la retraite continue sur Gumbinnen et Insterburg (19 décembre) où le maréchal Lefebvre inspecte et félicite les troupes de Darmstadt ; la Garde s'arrête en ce point et s'y repose : aussi beaucoup d'hommes demeurés en arrière rejoignent et grossissent les effectifs : celui des Hessois monte de 206 à plus de 500 hommes. Sur l'ordre du Major général, on envoie aux hôpitaux de Dantzig 24 officiers et 122 hommes de la brigade ; puis, la marche est reprise sur Waldau (29 décembre), Königsberg (le 30) et Elbing (5 janvier 1813) où l'on apprend la trahison du général Prussien Yorck qui a traité avec les Russes, laissant le maréchal MacDonald dans la situation la plus difficile.

La brigade passe successivement à Marienburg, Dirschau (13 janvier) où les fusiliers livrent le dernier combat d'arrière-garde de la campagne, et Stargard. Le lieutenant-colonel de Falck, venu en courrier de Darmstadt, apporte au prince Emile l'ordre qui le rappelle dans le grand-duché : tout ce qui reste de fantassins hessois encore valides et capables de porter les armes est amalgamé en un bataillon provisoire placé aux ordres du colonel de Schönberg - fait Officier de la Légion d'Honneur - et du major de Buchenroden ; ce bataillon comprend

: - 4 officiers et 40 hommes du régiment des Gardes.
- 3 officiers et 31 hommes du régiment du Corps.
- 13 officiers et 406 hommes du régiment des fusiliers.
- 1 pièce de canon et 19 artilleurs.
Total : 20 officiers et 496 hommes.

Tous les officiers et sous-officiers en surnombre sont renvoyés à Darmstadt pour encadrer les formations nouvelles en organisation. Le bataillon provisoire demeure attaché à la Garde Impériale et suit le mouvement des troupes françaises sur la Thuringe. La batterie avait marché d'Insterburg, par Dantzig et Stettin, sur Darmstadt, où elle parvenait le 26 février avec un officier, 21 hommes, 24 chevaux, 5 pièces d'artillerie et 1 caisson : la pièce et le caisson laissés avec le bataillon provisoire rejoignirent à Meiningen les troupes hessoises mobilisées pour la campagne de 1813.

Quant au régiment de chevau-légers, dont nous allons suivre rapidement l'historique dans les lignes suivantes, ses débris rassemblés à Marienwerder le 4 janvier 1813 furent dirigés sur Darmstadt, où ils parvinrent le 17 février. Le contingent hessois avait intrépidement et loyalement participé à cette guerre légendaire contre la Russie, et le grand linceul blanc de l'hiver moscovite recouvrait à jamais, - mêles à nos propres soldats, - un grand nombre de braves soldats de Darmstadt.

6. L'odyssée des chevau-légers de Darmstadt en 1812. - Lukomlia, Batury, la Bérésina

Nous avons laissé le régiment des chevau-légers hessois rassemblé à la fin du mois de mai autour de Koslin, entre Colberg et Dantzig ; il y reçut bientôt l'ordre de se diriger sur cette dernière ville, pour entrer dans la formation du 9° corps de la Grande Armée placé sous le commandement du maréchal Victor.

Ce corps devait se rassembler à Tilsit et comprendre les unités suivantes :

- Division Daendels : 1 brigade badoise, 1 brigade de Berg.
- Division Partouneaux : 3 brigades françaises.
- Division de cavalerie Fournier :
- 30° brigade, général Delaitre : Chevau-légers hessois, 3 escadrons. Lanciers de Berg, 4 escadrons.
- 31° brigade, colonel de Laroche : Hussards Badois, 4 escadrons. Chevau-légers saxons "Prince Jean", 4 escadrons.

La mission du 9° corps était de servir de réserve à la Grande Armée et de soutien aux 2° et 6° corps chargés de couvrir la gauche de la grosse masse de l'armée, dans son mouvement sur Moscou.

Pendant son séjour à Dantzig, le régiment hessois est passé en revue par le général Rapp, gouverneur de la place, qui le fait manoeuvrer devant lui et adresse au colonel de Dalwigk ses compliments sur la belle tenue et l'instruction de ses escadrons ; ces louanges devaient être méritées, au sentiment même du colonel, car ce dernier écrivait de Dantzig au prince Emile dans un de ses rapports : "Je trouve que le régiment, en comparaison des autres régiments de cavalerie que j'ai vus jusqu'ici, est toujours le meilleur."[10]

De Dantzig, les chevau-légers de Darmstadt gagnent Marienburg (27 juillet), Elbing, Königsberg (14 août) : ils s'établissent dans de mauvais cantonnements aux environs de cette ville, que le 9° corps quitte seulement le 30 août pour se rendre à Kowno par les deux rives du Nièmen, puis à Vilna (9 septembre), Minsk, Orcha, et Smolensk (29 septembre).

Depuis le départ de Tilsit jusqu'à Smolensk, la division de cavalerie a fait l'avant-garde du corps d'armée ; à Vilna, le général Fournier donne l'ordre d'abattre tous les chevaux blessés de la division qui ne pourraient pas être rétablis en quinze jours.

Le général Barbanègre commande à Smolensk, où le 9° corps doit attendre la Grande Armée. Mais les opérations de la campagne modifient ces prévisions : le 6° corps (bavarois) et le 2° (Oudinot) ont dû évacuer Polotzk et se sont séparés pendant cette retraite ; le maréchal Victor détache la division Daendels pour couvrir le mouvement du 2° corps qui se réunit au 9° le 29 octobre, à Czaznicki : après un combat, le 31 octobre, entre les Russes et le 2° corps soutenu par la division Daendels, les deux corps retraitent ensemble sur Senno (2 et 3 novembre) où le maréchal Victor assume leur commune direction par suite d'une blessure qui empêche Oudinot de conserver le commandement du 2° corps ; puis, Victor conduit les deux corps d'armée à Tchéreïa, sur la route de Moscou à Smolensk, route par laquelle la Grande Armée en retraite se rapproche.

Les 2° et 9° corps vont maintenant protéger la marche de la Grande Armée en la couvrant sur sa droite contre les entreprises de l'armée russe de Wittgenstein. Le maréchal Victor a organisé ses troupes de la façon suivante :

Aile droite : Général Legrand Division Legrand (2° corps) Division Daendels (9° corps)
Centre : Général Merle Division Merle (2° corps) Division Partouneaux (9° corps)
Aile gauche : Général Girard Division Maison (2° corps) Division Girard (9° corps)
Cavalerie : Général Doumerc Division de cuirassiers de Doumerc Brigade de cavalerie légère du 2° corps Division Fournier (9° corps)

Les deux corps réunis se portent le 4 novembre à Torbinka et le général Fournier occupe ce jour-là le château de Crasnagora; le 5, la petite armée française marche sur Tchéréïa et Lukomlia pour menacer le flanc droit des Russes : la cavalerie atteint Lukomlia, sauf les hussards badois restés à Crasnagora où ils s'emparent de quelques cosaques. Dans la matinée du 6, trois escadrons russes bousculent les avant-postes du général Fournier et fondent sur le village de Lukomlia: les chevau-légers hessois montent rapidement à cheval et gagnent, en arrière de la localité le point de rassemblement assigné à la division; ils s'y trouvent seuls et n'attendent pas, pour intervenir, l'arrivée des autres régiments : ils attaquent les Russes lorsque ces derniers veulent déboucher du village, les repoussent, leur tuent 10 hommes et leur font 20 prisonniers; les chevau-légers saxons et les lanciers de Berg arrivent quand le combat est déjà terminé... Le colonel de Dalwigk, pendant l'évacuation rapide de Lukomlia au moment de l'irruption de l'ennemi, avait une chute avec son cheval et n'avait évité d'être pris que grâce au dévouement de quelques-uns de ses chevau-légers qui le dégagèrent et le remirent à cheval au milieu des cavaliers ennemis.

Le lendemain, 7 novembre, nouvelle attaque des Russes qui montrent cette fois 5 escadrons, 2 bataillons de grenadiers et 2 pièces de canon ; le pont de Lukomlia est défendu avec opiniâtreté par les carabines des chevau-légers hessois et des lanciers de Berg, et il faut deux heures à l'infanterie ennemie pour arriver à s'emparer du village et s'y établir ; la cavalerie russe passe alors et attaque les deux régiments allemands; mais elle est arrêtée par le feu d'une demi-batterie à cheval badoise et l'arrivée de l'avant-garde du maréchal Victor formée par la division Legrand: celle-ci se porte aussitôt sur Lukomlia d'où elle chasse l'ennemi qui bat ensuite en retraite.

Les Hessois ont eu 19 blessés dans les combats des 6 et 7 novembre; dans un ordre du jour consécutif à ces affaires, le général Legrand loue la conduite des chevau-légers hessois, de la compagnie d'élite des lanciers de Berg et de la batterie à cheval badoise:
...Tout le monde, depuis le premier officier jusqu'au dernier soldat, a montré la meilleure bonne volonté, et je félicite particulièrement le capitaine de Breidenbach et le lieutenant de Busseck, des chevau-légers hessois, qui ont chargé deux fois avec une fraction du régiment et deux fois repoussé l'ennemi; le lieutenant Bosfeld qui soutenait les tirailleurs, et le lieutenant comte Ysenburg, commandant la grand-garde du capitaine Küchler... [11].

La blessure du maréchal Oudinot lui a permis de reprendre le commandement du 2° corps qui se sépare alors du 9° ce dernier s'avance dans la direction de Czaznicki; le 12 novembre, à Truchanowicz, l'avant-garde formée par les hussards badois et les chevau-légers hessois charge et bouscule de la cavalerie et de l'artillerie russe: le colonel Cancrin, des hussards badois, est tué dans cette affaire. Le 13, nouvel engagement à Mieleskowiczi dans lequel les Hessois ne sont pas engagés.

Le 14 novembre a lieu le second combat de Czaznicki: le 9° corps attaque les Russes, sans résultat ; pendant que la division Girard exécute un mouvement offensif, couverte sur sa droite par la cavalerie dont le terrain peut favorable empêche l'intervention, le reste de l'infanterie marche sur Woitzenka où la division Partouneaux va se placer sur le flanc gauche de l'ennemi. Le corps d'armée bivouaque sur place, par un froid terrible; l'attaque décisive doit avoir lieu le lendemain. Mais des instructions de l'Empereur sont apportées dans la nuit par le colonel château, premier aide de camp du maréchal Victor: le 9° corps au lieu de combattre, bat en retraite le 15 novembre pour se rapprocher de la ligne de marche de la Grande Armée et va bivouaquer à Sobolie; il gagne ensuite Pulski (le 16) sur la route de Senno, Ulianowicz (17), et Tchéréïa (20 novembre) où il remplace le 2° corps appelé sur la route de Smolensk à Vilna. Le 9° corps est à Chlopnicki les 22 et 23 novembre, et le 24 à Batury où l'arrière-garde commandée depuis le 14 par le général Delaitre (2 régiments de cavalerie dont les chevau-légers hessois, 4 bataillon d'infanterie et 2 pièces d'artillerie à cheval) s'engage sérieusement, soutenue par 2 bataillons badois. Le froid était si intense que les cavaliers ne pouvaient pas rester en selle plus d'une demi-heure: le général Delaitre les autorisa à mettre pied à terre et à faire du feu, comme l'infanterie; dans cet engagement, le régiment de cavalerie hessoise repoussé par l'ennemi fut recueilli par un bataillon français. Le corps d'armée arrive le 25 près de Locknitza, à deux heures de l'après-midi, et s'établit au bivouac sur la grande route, près de cette localité : c'est là que l'on vit arriver les débris de la Grande Armée...

Après une nuit mortelle, le 9° corps se dirige le 26 novembre sur Borisow, et le 25 sur Studianka : seules, la division Partouneaux et la brigade de cavalerie Delaitre sont demeurées à Borisow, en arrière-garde.

Bataille de la Bérésina (28 novembre)

Pendant que Ney et Oudinot, après avoir franchi la rivière, luttent sur sa rive droite avec 9 à 10000 hommes contre les 30000 Russes de Tchitchagoff et assurent à l'armée la liberté de la route de Zembin, Victor, sur la rive gauche, tient tête à l'armée de Wittgenstein. La division Partouneaux, à l'exception d'un seul bataillon, est tombée entre les mains des Russes. La brigade Delaitre est aussi prisonnière. Le maréchal ne dispose que de la division Girard, de la brigade de Berg, de la brigade de cavalerie du colonel badois de Laroche (hussards de Bade et chevau-légers hessois) ; la brigade d'infanterie de Bade, commandée par le comte de Hochberg, a déjà franchi la Bérésina : mais Victor la rappelle et elle repasse les ponts pour venir lutter sur la rive gauche dans les rangs du 9° corps qui compte alors, avec ce renfort, 5000 fantassins, 350 cavaliers et 14 pièces de canon.

Le rôle du 9° corps était tout de gloire et de sacrifice : il devait, par sa résistance, permettre à ce qui restait des parcs de l'armée ainsi qu'à la foule des traînards et des isolés, de franchir la rivière, de suivre les corps organisés qui ont passé les ponts le 27 et dans la nuit du 27 au 28, et d'éviter la captivité ou la destruction.

Le matin du 28, une patrouille badoise envoyée aux nouvelles de la division Partouneaux dont on ignorait encore le sort, est bousculée par la cavalerie russe et recueillie pas l'escadron hessois du capitaine de Boynebourg : ce dernier battait en retraite lorsqu'il rencontra le maréchal Victor : pendant qu'il lui rendait compte, un boulet russe frappa le sol si près d'eux qu'il les recouvrit de terre et de neige [12]. La ligne occupée par le 9° corps était formée à droite par la brigade badoise placée entre la Bérésina et le village de Studianka ; au centre par la brigade de Berg établie sur le plateau ; à gauche par la division Girard : comme cette dernière n'avait aucun point d'appui, la cavalerie du colonel de Laroche - hussards badois et chevau-légers hessois - fut placée derrière elle.

Victor lutta sans céder un pouce de terrain jusqu'à la nuit tombée : combat héroïque de 5000 braves, exténués et à bout de forces, contre les 30000 soldats et les 60 canons de Wittgenstein.

Ce que fit la cavalerie dans cette journée, nous le savons en ce qui concerne les hussards badois, grâce aux Souvenirs du comte de Hochberg, commandant le contingent de Bade [13]. Le général Fournier, blessé au début de l'action, a laissé le commandement au colonel badois de Laroche : celui-ci, dans la journée, est lui-même grièvement blessé et fait prisonnier ; mais il est délivré par les hussards de Bade, qui sont abîmés dans la bataille et dont 50 hommes à peine passent la Bérésina le lendemain sous les ordres du lieutenant de Preen.

Pour ce qui touche à la participation des chevau-légers hessois à la bataille de la Bérésina, nous citerons le rapport adressé au prince Emile de Hesse par le colonel de Dalwigk, commandant le régiment :

... (journée du 28 novembre). Vers onze heures du matin, à la rentrée des patrouilles, les régiments se dirigent en colonnes serrées sur leurs positions, l'artillerie est mise en batterie, et la cavalerie est chargé de la couvrir jusqu'à nouvel ordre.

Ces mouvements étaient à peine exécutés que les troupes légères ennemies apparaissent et engagent avec les nôtres un combat de tirailleurs ; l'artillerie russe entre en ligne, et un feu croisé d'artillerie a lieu au-dessus de notre cavalerie qui n'en souffre pas, car les boulets passent trop haut ou bien ricochent à peine jusqu'à nous. Bientôt débouche un régiment d'infanterie russe (le 34°) ; il sort d'un petit bois et se forme en carré en vue d'une batterie de notre droite. Je le charge, mais je dois me replier sur la batterie. Avec le secours des hussards badois, je renouvelle ma charge, j'enfonce le carré et nous prenons tout ce qui n'est pas sabré. Ce petit avantage remporté sur l'ennemi nous remplit de confiance et nous continuons notre attaque, malgré le feu d'artillerie et de mousqueterie. Nous devons traverser un défilé étroit au delà duquel la cavalerie ennemie est en réserve à l'abri d'un bois. Cette circonstance rend notre marche difficile, et la cavalerie russe - cuirassiers en grande partie - ne nous laisse pas le temps de nous déployer ; elle attaque avec violence les chevau-légers hessois et les hussards badois (ceux-ci forts encore de quatre petits escadrons) ; nos chevaux exténués ne peuvent soutenir le choc, et nos cavaliers sont presque tous tués ou faits prisonniers...

50 chevau-légers et autant de hussards se rallient pourtant sous les boulets, et avec cette petite troupe je tiens tête à l'ennemi jusqu'à la nuit, et couvre le régiment d'infanterie saxonne "de Low" qui s'était formé en carré devant la menace d'attaque des cosaques. A six heures du soir, le feu d'artillerie cessa, l'ennemi se retira sur ses positions, et nous conservâmes les nôtres

Le soir du 28 novembre il ne reste aux chevau-légers de Darmstadt que 25 à 30 hommes en état de combattre ; parmi les blessés de la journée on compte le capitaine de Boynebourg (blessé au genou gauche et au bras droit), le lieutenant Glock, le lieutenant de Boltog (une balle et un coup de baïonnette à la cuisse), le lieutenant comte d'Ysemburg (coup de lance à la poitrine et trois contusions de balles)...

Le 9° corps passe la Bérésina dans la nuit et les ponts sont rompus le 29 à neuf heures du matin. Pendant ces heures tragiques, le régiment hessois fait encore de nouvelles pertes : le capitaine Küchler, malade et transporté avec les bagages du corps, tombe avec eux aux mains des Russes ; le lieutenant Bandis, malade aussi, se noie en passant les ponts... Le colonel de Dalwigk, épuisé par les fatigues et terrassé par le froid, a perdu l'usage de la parole... Il reste néanmoins à la tête des débris de son régiment ; au passage de la Bérésina, s'étant écarté de ses cavaliers, il tombe à l'eau et va disparaître quand il est sauvé par un soldat hessois du train qui reconnaît à son manteau blanc un officier de sa nation... Le lieutenant Lippert, envoyé en patrouille et coupé des ponts par l'ennemi, se jette à l'eau avec ses 12 cavaliers, se fait un chemin à travers les glaçons et parvient à aborder sur l'autre rive...

Le 29 novembre, le 9° corps va à Zembin, précédant les 2°, 3° et 5° corps ; les restes des hussards de Bade et des chevau-légers de Hesse, qui constituent la seule cavalerie du 9° corps, sont commandés pour faire le service au quartier général du maréchal Victor, et l'accompagne par Ilia (3 décembre), Malodeczno, Vilna (8 décembre) et Kowno (12 décembre) ; de là, ils se rendent à Marienweder. Des éclopés, des hommes malades ou perdus en route, des isolés rejoignent en ce point ; le 4 janvier 1813 le régiment a 5 officiers, 83 cavaliers et 36 chevaux. Il reçoit le 9 janvier l'ordre de partir pour Stettin : mais en arrivant à Neu-Stettin, le colonel de Dalwigk apprend par une instruction du Major général Berthier que le régiment est renvoyé à Darmstadt.

Les chevau-légers de la Garde hessoise se dirigent donc sur leur patrie par Berlin, Brunswick et Cassel. Des trois magnifiques escadrons mobilisés pour la campagne contre la Russie, il rentra à Darmstadt, le 17 février 1813, 42 hommes et 21 chevaux : tout le reste était tombé sur le champ d'honneur, prisonnier aux mains de l'ennemi, mort dans la retraite ou demeuré dans les hôpitaux, triste holocauste de cette légendaire et inoubliable campagne!

Notes sur les uniformes du contingent de Hesse-Darmstadt de 1806 à 1813 d'après Knötel et les historiques des régiments allemands

1. Infanterie.

Depuis 1803, l'infanterie hessoise comprenait trois brigades, formés chacune de trois bataillons : les deux premiers bataillons étaient dits "mousquetaires" et le troisième "fusiliers" ; les mousquetaires portaient l'habit bleu et les fusiliers l'habit vert ; pour le reste, la tenue était commune dans toutes les brigades qui se différenciaient entre elles par la couleur distinctive spéciale des revers, du col, des parements, et des pattes d'épaule ; cette couleur était le rouge pour la brigade de la Garde, le bleu-clair pour la brigade du Landgrave et le jaune pour la brigade du Prince Héritier.

L'habit était orné de nombreuses boutonnières de galon blanc (argent pour les officiers) : 7 de chaque côté des revers et 2 au-dessous, 3 aux parements, 2 aux pattes de poche , 2 aux boutons de la taille ; retroussis de l'habit, rouges pour les trois brigades, réunis par une petite patte rectangulaire de la couleur distinctive. Gilet blanc peu apparent ; culotte blanche et hautes guêtres noires à boutons de cuivre. Chapeau du modèle prussien, galonné de blanc, garni de poufs rouges et blancs et d'un pompon sphérique à la couleur de la compagnie. Sac suspendu à une courroie passée sur l'épaule droite, comme en Prusse ; fourniment en cuir blanc ; giberne noire, ornée d'une plaque ronde de cuivre avec le lion héraldique de Darmstadt.

C'est dans cette tenue que l'infanterie hessoise prit part à la campagne de 1806-1807 contre la Prusse et la Suède : l'expérience de la guerre fit apporter plusieurs modifications à l'uniforme. Tout d'abord, les cheveux cessèrent d'être portés "en queue" comme ils l'avaient été jusqu'àlors ; les deux bataillons de fusiliers ayant été chargés à la bataille d'Iéna par les hussards français qui les prenaient pour des Prussiens à cause de leurs chapeaux galonnés de blanc, on supprima cette bordure blanche à la coiffure et les officiers reçurent un haut plumet rouge, noir à son extrémité supérieure. Les officiers portèrent dorénavant des épaulettes d'argent du modèle français, et, en tenue de campagne, la culotte bleue dans des bottes "à la Souvaroff" ; le sac de la troupe s'attacha avec deux bretelles comme dans l'armée française ; le pompon prit la forme d'un petit plumet, toujours à la couleur de la compagnie ; le chapeau des soldats fut décoré de la cocarde nationale, portée jusqu'alors par les officiers seulement ; enfin, la troupe reçut un fourreau pour la baïonnette.

En 1808, les officiers cessent de porter le ceinturon bouclé autour de la taille : leur sabre s'attache à un baudrier passé sur l'épaule droite. Pour les marches, la troupe est munie d'un long pantalon bleu et de courtes guêtres noires.

Lorsque le régiment Prince Héritier partit pour l'Espagne, il fut formé comme les régiments français à deux bataillons de six compagnies, dont une de grenadiers et une de voltigeurs : il dut en conséquence, incorporer dans ses deux bataillons de mousquetaires en habits bleus son bataillon de fusiliers en habits verts... Jusqu'à l'usure de ces habits verts répartis dans toutes les compagnies, l'aspect bariolé du régiment fut d'un effet peu satisfaisant et excita le mécontentement du maréchal Lefebvre, quand ce dernier passa à Orléans la revue des deux bataillons hessois en route pour l'Espagne... L'habit vert disparut d'ailleurs bientôt dans toutes les troupes de Darmstadt et les fusiliers prirent l'habit bleu de l'infanterie : les mousquetaires et les fusiliers se distinguèrent par l'ornement des retroussis : une grenade blanche pour les premiers et un cor de chasse pour les seconds.

L'uniforme du régiment "Prince Héritier" subit en Espagne des modifications nombreuses qui le rapprochèrent de celui des troupes françaises : le shako remplaça le chapeau ; il était muni d'une plaque de métal blanc, en forme de coeur, décoré du lion héraldique de Darmstadt ; les grenadiers prirent le plumet rouge, le cordon rouge au shako et les épaulettes à franges rouges des grenadiers français ; les voltigeurs, le plumet et le cordon verts avec les épaulettes vertes à tournante jaune ; les compagnies du centre, ou de fusiliers, avaient le plumet noir, le cordon blanc au shako : elles conservèrent les pattes d'épaules ,mais ces dernières furent bleues, de la couleur du fond de l'habit, passepoilés de jaune, couleur distinctive du régiment. Les revers de l'habit ne figurèrent plus que pour la grande tenue et les boutonnières de galon blanc disparurent, sauf sur les revers ; enfin, les guêtres furent coupés "à la Hongroise" et garnies d'une bordure jaune. La culotte blanche avait fait place à une culotte bleue, et, pour la marche, à un pantalon bleu, ou marron, le drap de cette dernière couleur étant très commun en Espagne. Les officiers ont l'habit bleu à un seul rang de boutons ; ils portent comme insigne de service le hausse-col d'argent avec le lion de Darmstadt en or, et gardent de le chapeau jusqu'en 1814.

Les deux autres régiments d'infanterie hessoise demeurés en Allemagne (régiment de la Garde et régiment du Corps) conservèrent leur organisation en trois bataillons, dont un de fusiliers, chaque bataillon comptant quatre compagnies ; ils gardèrent toutes les boutonnières blanches de leur habit, mais remplacèrent les pattes d'épaule par des contre-épaulettes bleues, bordés de la couleur distinctive et sans passant. Ils n'avaient ni grenadiers, ni voltigeurs ; les compagnies se différenciaient par la couleur du pompon, à houppe uniformément rouge dont la base était blanche pour la 1° compagnie, noire pour la 2°, bleue pour la 3° et rouge pour la 4°.

Au 2° bataillon, la partie supérieure de la base sphérique du pompon était blanche, la partie inférieure jaune pour la 1° compagnie, noire pour la 2°, bleue pour la 3° et rouge pour la 4°.

La dragonne du sabre avait la couleur de la base du pompon. Le shako sans cordon venait d'être adopté pour les deux régiments quand éclata la guerre de 1809 avec l'Autriche : un petit nombre seulement de ces coiffures nouvelles put être distribué aux troupes avant la fin de la campagne ; lorsque le régiment de la Garde fit sa rentrée solennelle à Darmstadt, le 21 janvier 1810, ses bataillons étaient formés en cinq compagnies "dont la dernière portait le shako". C'est dans cette tenu que les régiments hessois de la Garde et du Corps combattirent valeureusement dans nos rangs en 1809, 1812 et 1813 jusqu'à la bataille de Leipzig.

2. Cavalerie

Le régiment des chevau-légers levé en 1790 par le landgrave de Hesse reçut l'habit vert, à collet rouge garni de pattes noires, avec revers et parements noirs ; des boutonnières de galon blanc rehaussaient l'uniforme sur les pattes du collet, et sur les revers ; sur les parements et sous les boutons de la taille s'étalaient trois rangs de galon blanc en forme de V ; doublure rouge ; col noir, culotte jaune et casque de forme anglaise ; schabraque verte bordée de noir et passepoilée de blanc, avec initiales blanches dans les coins postérieurs ; fourniment en cuir fauve.

Le casque avait ses parties métalliques en cuivre pour la troupe, en métal argenté pour les officiers ; garni d'une chenille noire et de l'initiale L du souverain, il était décoré d'un plumet noir pour les cavaliers, noir à base rouge pour les officiers, rouge à base noir pour les trompettes : ces derniers portaient des revers bordés d'un galon blanc, mais sans boutonnières. En 1809, la coiffure se rapproche du casque à chenille bavarois ; l'habit est raccourci, le fourniment devient noir ; la culotte, verte à passepoils rouges ; la schabraque est bordée d'un galon noir encadré d'un double galon blanc. Les chevau-légers hessois portent aussi le pantalon gris dit "Charivari" boutonnant sur les côtés jusqu'à la ceinture, et des pattes d'épaules rouges galonnées de blanc ; les officiers ont les épaulettes d'argent.

Le régiment a figuré avec honneur devant Graudenz et Stralsund en 1807, puis avec gloire à Essling et à Wagram en 1809 ; enfin, il s'est illustré sous cet uniforme à la Bérésina, en 1812, avant d'être à peu près entièrement détruit en 1813 à Juterbogk.

3. Artillerie

L'artillerie hessoise portait depuis 1803 l'habit et la culotte bleu foncé, avec col, revers et parements noirs, passepoilés de rouge; les mêmes boutonnières de galon blanc que l'infanterie; les pattes d'épaules de la couleur du fond de l'habit avec passepoils rouges ; les boutons blancs ; guêtres noires à galon rouge et boutons de cuivre. Chapeau, remplacé en 1808 par le shako sans cordon, avec garniture de métal blanc (cercle de visière, jugulaires, écusson en forme de coeur) et pompon rouge surmonté d'un plumet noir; fourniment blanc.

La demi-batterie envoyée en Espagne en 1808 avait reçu le cordon rouge au shako et le maréchal Lefebvre arma tous les canonniers d'un fusil et d'une giberne d'infanterie. Les boutonnières des officiers étaient en galon d'argent ; leurs épaulettes; d'argent, du modèle français ; leur écharpe mélangée de soie rouge et d'argent, couleurs nationales de Darmstadt ; leur chapeau noir portait un plumet noir à base rouge. Les artilleurs hessois se distinguèrent dans toutes les grandes batailles d'Espagne : à Medellin (où les prises faites aux Espagnols leur procurèrent des pantalons noirs ou bruns), à Talavèra, à Almonacid, à Ocaña, avant d'être faits prisonniers par les Anglais lorsque ces derniers s'emparèrent de Badajoz.

Notes et renvois du texte:

  1. Note de l'Empereur au Major général sur la composition des nouveaux corps affectés à la Grande Armée. Paris, 3 mars 1812.
  2. Instructions du Major général au maréchal Davout. Paris, 6 mars 1812.
  3. L'Empereur au Major général. Paris, 16 mars 1812.
  4. K. Esselborn, Friedrich Peppler, pp. 7-8.
  5. Keim, P. 217.
  6. Les alliés de la France durant la campagne de Russie : les Bavarois.
  7. L'Empereur au Major général, instruction pour le maréchal Victor. Moscou, 6 oct 1812.
  8. Le général de Wrède au Major général. Daniélowitchi, 17 novembre 1812.
  9. Le général de Wrède au duc de Bassano. Dockchutzouï, 21 novembre 1812.
  10. Zimmermann, p.159.
  11. Zimmermann, p. 166.
  12. Zimmermann, p. 173.
  13. Les alliés de la France durant la campagne de Russie: les Badois.
    Association STRATEGO NEMAUSUS
    Première année - 1995. Page 19.

 

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