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L'Abbaye D'Orval - Pillage et Destruction

La contrée vallonnée et largement boisée, site enchanteur doit sa notoriété à l'abbaye d'Orval.

Cette abbaye, mondialement célèbre, nichée au creux d'une vallée fut fondée en 1070, par des Bénédictins venus de Calabre.

Elle devint Cistercienne en 1131. Au 17e siècle elle se rattacha à l'ordre des trappistes. Au cours des siècles elle connu de nombreuses vicissitudes ;guerres, incendies, pillages. La dernière destruction fut celle des révolutionnaires, le 23 juin 1793.

Les ruines ont souvent été fouillées pour retrouver un hypothétique trésor. A ce jour, les ruines sont toujours apparentes.

On a commémoré le 200e anniversaire de la destruction de cet imposant ensemble architectural religieux auquel s'attache la légende de la Comtesse Mathilde de Toscane XVIe - XVIIe siècle, qui ayant perdu son anneau nuptial se le vit remettre à la source par une truite. Elle se serait écrié: "c'est un val d'or", d'où Orval.

Depuis le commencement de la révolution de 1789, l'abbaye proche de la frontière française, à quatre lieues de Montmédy, semblait désignée aux premiers coups des armées révolutionnaires.

Il y avait à cela plusieurs causes:

1° La réputation de richesse dont jouissait cette abbaye et qui donnait naissance à des légendes fantastiques allumant les appétits et les imaginations populaires et dont on peut retrouver un écho lointain dans un émouvant roman de Paul Feval, "les erreurs de nuit" consacré à l'Histoire du fameux trésor caché d'Orval.

2° La désignation de ce monastère comme refuge éventuel pour la famille royale dans sa fuite appelait, également, un châtiment exemplaire.

3° Enfin les rassemblements d'émigrés et de corps Autrichiens qui s'y tenaient fréquemment en faisant une étape intermédiaire entre Montmédy, Florenville, Virton et Arlon qui inquiétait par sa proximité la Convention au point de vue militaire et prenait l'apparence d'une place d'armes destinée à servir de foyer de conspiration et de base stratégique pour un moment d'invasion.

Il est acquis aujourd'hui et nous croyons l'avoir démontré que l'abbaye d'Orval n'était pas le but de voyage de Louis XVI, elle avait été désignée et proposée comme lieu de refuge dans l'hypothèse où la famille royale été contrainte d'abandonner la France.

Après l'arrestation du Roi à Varennes, le Marquis de Bouillé, croyant la partie manquée et sa situation compromise s'enfuit le même jour d'Orval, avec son fils, major des hussards et aide de camp de Vauglas et de Soteux et plusieurs généraux également compromis, de Kinglin, Heyman et d'Orflize, des officiers subalternes et des soldats allemands restés fidèles à sa fortune.

La première expédition contre Orval avait eu lieu le 13 juin 1792 par un détachement de l'armée de la Fayette alors à Sedan, le récit s'en trouve dans une lettre qui était destinée à Marie-Antoinette, trouvée dans son secrétaire, le 10 août et publiée par le Moniteur Universel du 17 août suivant. "Le 13 du mois dernier (juin), un détachement de 800 hommes de votre armée s'est porté sur les terres de l'Empire à l'abbaye d'Orval où il n'y avait pas un soldat Autrichien. Des moines, quelques domestiques et des femmes qui pleuraient n'ont pas été difficile à assujettir, nous sommes donc fièrement emparé de l'abbaye, de la chapelle, des cuisines, caves, jardins et dépendances et, pendant vingt quatre heures le bonnet rouge de Paris a flotté dans ce séjour au milieu de l'enthousiasme des guerriers vainqueurs.

Quelques mois plus tard au Parlement de Sedan, le général Myackinski encouragé par ce facile succès et voulant approvisionner ses troupes ordonna, en septembre, une nouvelle expédition à Orval, une colonne d'un millier d'hommes fut formée pour enlever les grains de l'abbaye remisés à Margny mais, les volontaires n'allèrent que jusqu'à Carignan qu'ils pillèrent de leur mieux sans pousser plus avant.

Huit jours ne s'étaient pas écoulés que de nouveau les troupes françaises faisaient leur réapparition sous les murs d'Orval, elles comprenaient plusieurs régiments de cavalerie, une brigade d'infanterie et une nombreuse artillerie. Ce détachement était commandé par le général LOISON, originaire de Damvillers qui présida à la destruction et au pillage du monastère.

Charles Pilard (!), dans uns un de ses souvenirs d'un vieux Sedanais est plus explicite et fait du pillage d'Orval un tableau imagé et bien vivant:

"Nous savions bien que depuis une semaine l'abbaye d'Orval occupée par la brigade du général LOISON était mise au pillage. Tous les jours passaient devant notre porte, des chariots de réquisitions chargés d'ustensiles, de meubles, de matelas, de fers, de bois de lambris, denrées comestibles, de tableaux, de statues, de livres précieux et d'ornement d'églises qu'on allait vendre à la criée dans la cour du collège(actuellement collège de Turenne) mais nous ne pensions guère que la garde nationale serait appelée à concourir à cette expédition. Voilà que nous apprîmes en rentrant en ville que les Autrichiens étaient sortis d'Arlon et marchaient sur l'abbaye, le Général LOISON ne voulant pas se faire écraser dans une vallée allait marcher au nord, la bataille dans de bonnes conditions pendant qu'il allait combattre, la garde nationale de Sedan garderait et veillerait sur l'abbaye et aux recherches des trésors des moines. On retira, de l'abbaye, des dépouilles de tous genres dont j'ai vu de nombreux restes dans ma jeunesse; des colonnes de marbre à moitié brisées de l'église, Monsieur Martini, marbrier à Balan, en a longtemps possédé deux, les vases sacerdotaux produisirent plus de 400.000 francs d'espèces, or et argent, le trésor ne fut jamais retrouvé.

Ainsi périt ce nid d'aristocrates, d'émigrés de conspirateurs, à titre d'exemple de représailles Jean-Pierre Mangin dans "les généraux Meusiens de la révolution et de l'Empire" nous parle de Louis-Henri LOISON:

" Il est vrai qu'en 1787, à l'âge de seize ans, il avait déjà fait une courte expérience militaire mais, est-ce son trop jeune âge ou l'état d'esprit de l'ancienne armée qui furent la cause de son abandon ?, toujours est-il que ce n'est qu'avec la révolution qu'il s'enthousiasma véritablement pour cette carrière.

L'appel fait en 1792 à la jeunesse française, le trouva un des premiers au poste de l'honneur.

... L'abbaye d'Orval toute proche de la frontière française, à quatre lieues à peine de Montmédy, semblait longtemps désignée aux premiers coups des armées révolutionnaires. La réputation de richesse dont jouissait l'abbaye à laquelle s'ajoutaient les rassemblements d'émigrés qui s'y tenaient fréquemment, étaient les principales causes de cette hypothèse.

Maurice Saint Remy, né à Damvillers en 1769, joua un rôle non négligeable dans le pillage d'Orval. Adjoint aux adjudants généraux des armées des Ardennes, attaché à la personne de LOISON, il fut chargé par Kilmaine de diriger sur Montmédy, l'évacuation des fers, vins et autres effets provenant de l'abbaye d'Oral, il fut lui aussi déclaré coupable de dilapidations et de vols, décrété d'arrestation par le directeur de district de Montmédy, le 28 juin 1793 et, par le conseil général de la MEUSE, le 5 juillet suivant.

C'est peu de temps après son élévation au grade de général qu'ont lieu le bombardement, la destruction et le pillage du monastère d'Orval, célèbre abbaye appartenant alors aux Pays-Bas. On prétend que cette destruction eut lieu en vertu d'un ordre du Comité de Salut Public et une autre tradition locale raconte qu'elle a été occasionnée par la résistance des autrichiens qui s'y trouvaient et qu'il fallait déloger à coups de canon.

Ce serait ce bombardement qui aurait mis, accidentellement, le feu aux bâtiments.

C'est le treize juin 1793 que LOISON arrive sur les hauteurs qui dominent et environnent Orval, plusieurs régiments de cavalerie, une brigade d'infanterie (N.D.L.A 600 hommes) et une nombreuse artillerie l'accompagnent. Avec ses troupes depuis Sedan, tous les habitants des villages voisins qui assistent au bombardement de l'abbaye et se livrent ensuite au pillage de ses richesses. L'incendie, la destruction et le pillage durent dix jours et tout ce qui peut être enlevé est dirigé sur Sedan, Montmédy, Metz, Verdun, Marville, Damvillers, même Mercurey-en-Verdinois et Lissey.

Ce même 13 juin 1793, la famille Bonaparte débarquait à Toulon et demandait des secours à la république afin de subsister.

Les circonstances de cette destruction causent dans l'est de la France, un sentiment de véritable terreur dont le souvenir n'est pas encore disparu. Elles attachent au nom du jeune général une impopularité et un renom de mauvais aloi qui se sont transmis de générations en générations. D'ailleurs, jusqu'en 1914, les familles héritières des pillards se sont entendu reprocher d'avoir participé à cette immense destruction de l'une des plus belles abbayes de la région. LOISON faillit payer ses exactions de sa carrière et de sa vie et c'est ,par une chance miraculeuse qu'il échappe aux rigueurs du Comité de Salut Public, peu tendre pour les généraux concussionnaires chapardeurs. Il est présumable que les explications données par LOISON ne convainquirent pas le district de Montmédy car, dénoncé et alerté par la rumeur publique après une enquête de son Maire, la mise en arrestation de LOISON à Damvillers où il se trouvait, celui-ci refusa de se soumettre à cette mesure et arrêta à son tour, l'officier de gendarmerie envoyé pour l'incarcérer.

Le Maire de Damvillers et son adjoint reçoivent confirmation du mandat d'arrestation du général en attendant la fin de l'enquête judiciaire en cours et l'audition des nombreux témoins concernant ce fameux pillage de l'abbaye.

Tous ces incidents n'ont aucune suite et LOISON, restant en liberté, conserve même son grade de général dans l'armée.

Le directeur de district de Montmédy essaye d'intervenir auprès du Général Kilmaine, général de division, commandant de l'armée des Ardennes mais, ce grand chef apprécie trop les qualités de LOISON pour sanctionner équitablement les délits incontestables du général et de sa famille.

L'ancien régime s'affirme au fur et à mesure que la révolution progresse. La vie chère, la poussée populaire, la défaite de Neerwinden, le 28 mars démontrent qu'elle est loin d'être terminée. La guerre contre l'Autriche n'essayerait-elle pas de cacher en réalité l'opposition du Tiers-Etat contre l'aristocratie. L'acharnement contre les responsables de l'ancienne royauté, au besoin l'élimination par l'illégalité et la violence n'est-il pour rien dans le comportement des nouveaux élus dans l'armée. La vérité est que guerre et revanche des pauvres sur les riches sont indissolublement liés.

L'ensemble des réactions du général LOISON ne justifie pas sa façon d'agir à Orval mais n'est sans doute pas entièrement étrangère aux ordres reçus. L'esprit d'une grande partie de la population s'y ralliait largement, celle-ci l e prouverait suffisamment dans son attitude lors du pillage.

François LOISON, père du général, ancien député, curieux participant ou complice de son fils dans le pillage de l'abbaye d'Orval ? Cette affaire traîna quelque temps puis n'eut aucun dénouement sérieux pas plus pour le principal accusé, le général Loison que pour ses soi-disant complices ou receleurs.. Le juge ayant égard, sans doute, de la notoriété des accusés dans la région avait conclu que les dénonciations étaient sans fondement.



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