Research Subjects: Napoleon Himself


11 mars 1810: Napoléon épouse Marie-Louise par procuration

By Robert Ouvrard (FINS)

Le 4 mars 1810[1] , moins de trois mois après que Napoléon ait quitté la capitale des Habsbourg, arrive à Vienne Alexandre Berthier , prince de Neuchâtel, Vice-Connétable, mais aussi, détail dont on ne sait s'il fut apprécié à la Cour, prince de Wagram[2].

S’il a été reçu en grande pompe dans toutes les villes qu’il a traversées, c’est incognito qu’il entre dans la capitale et se rend directement à la Hofburg. L’entrée solennelle n’est en effet prévue que pour le lendemain de son arrivée.

« J'ai mandé hier à Votre Majesté que j'étais arrivé incognito au très beau logement qu'on m'avait préparé au palais de l'Empe­reur. Comme grand dignitaire de France, j'ai eu une garde noble indépendamment de quatre sentinelles fournies par les grenadiers de la garnison. » (Berthier à Napoléon)

Le maréchal vient à Vienne pour y épouser, au nom de Napoléon , l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, fille de l’empereur François et sœur de l’archiduc Charles .

« On nous dit que le prince Berthier partait pour Vienne porter le portrait de notre Empereur à la princesse pour demander sa main, et qu’il devait se marier avec cette princesse avant de l’amener, et qu’il devait coucher avec elle avant de la présenter à son souverain. N’en sachant pas plus long, je me disais : « Il est bien heureux de coucher le premier, je voudrais être à sa place ». Je fis rire mon capitaine.[3]» (Coignet )

Berthier est accompagné de son secrétaire, le comte Alexandre de Laborde , de ses aides de camp La Grange , Lejeune , Edmond de Périgord (le neveu de Talleyrand), Le Brüs, Sopransi, du Gouverneur de Neuchâtel et chambellan du maréchal, le chevalier Lesperat, du Secrétaire d’État de Neuchâtel, le chevalier Le Dui.

Le matin du 5 mars, donc, Berthier se rend, avec sa suite, au palais Schwarzenberg, sur le Rennweg :

« Etant des­cendu incognito à monlogement dupalais, j'étais censé être arrivé hier au palais de Schwarzenberg, près du Belvédère, à midi, je me suis rendu incognito à ce palais où j'avais donné rendez-vous à tous mes officiers d'ambassade : le prince de Schwarzenberg m'y attendait, pour mettre son palais à ma dis­position; j'en ai pris possession, en y plaçant tout ce qui tient à ma maison, ainsi que deux coureurs et seize valets de pied, à la livrée de Votre Majesté, qui tiennent à votre ambassadeur. » (Berthier à Napoléon)

puis, l’après-midi, à la Hofburg, cette fois en cortège solennel.

« A une heure, le grand maréchal de la Cour, en grand costume et portant le cordon sur l'habit, est arrivé avec une trentaine de voitures à six chevaux, parmi lesquelles il y avait quatre voitures de la Cour à huit glaces, traînées par des chevaux ornés de plu­mets et de panaches. Le prince de Liechtenstein m'a prêté une très belle voiture à six chevaux qui devait suivre, à vide, celles de la Cour et qui était censée appartenir à l'ambassadeur extra­ordinaire. J'ai reçu le grand maréchal de la Cour, ainsi que le prince Maurice de Liechtenstein qui commande à Vienne (…)

Vingt-trois équipages à six chevaux avec des valets de pied aux portières ont ouvert la marche : elles étaient sui­vies d'une voiture de gala où étaient le secrétaire d'ambassade dans le fond; le colonel Girardin, mon premier cavalier d'am­bassade, à gauche; M. Lesperut, gouverneur de Neuchâtel, fai­sant fonctions de grand maître des cérémonies, sur le devant à droite, et à gauche, le premier gentilhomme de la Cour; venait ensuite à vide une voiture, puis une autre voiture à six chevaux, dans laquelle étaient le général Lauriston, le premier page de Votre Majesté, le général Narbonne et le colonel Romeuf qui se trouve à Vienne. Enfin, la dernière voiture était occupée par mes autres aides de camp et mon secrétaire intime, comme gen­tilhomme d'ambassade; un piquet de cuirassiers fermait la marche. Mon aide de camp, le colonel de La Grange, était à cheval à la portière de ma voiture et à droite ; à la portière aussi et à gauche était le prince Maurice de Liechtenstein, le sabre à la main, avec le prince de Hesse-Hombourg, son aide de camp. (Berthier à Napoléon)

Pour atteindre la résidence impériale, le cortège emprunte la Kärtnertor, dont le bastion à été détruit il y a quelques mois, la Stock im Eisen Platz, le Graben, la Bognergasse, Am Hof, le Freyung, la Herrengasse, enfin la Burgplatz [4] .

C’est le chambellan impérial, le prince Prosper von Sinzendorf [5] , accompagné des grands officiers de la couronne, qui, sur les marches de l’escalier des Ambassadeurs, accueille Berthier .

« Arrivé au château, où les gardes de la cour, les trabans, les arquebusiers, les garde-noble hongrois en uniforme antique, formaient la haie sur les escaliers et, dans les salons, l’ambassadeur fut annoncé à l’empereur. Aussitôt, on ouvrit les deux battants de la grande salle, préparée pour cette audience, et le grand-chambellan introduisit l’ambassadeur devant l’empereur, entouré de sa cour. » (Lejeune )

Dans la salle des audiences, l’envoyé de l’empereur transmet à l’empereur François ses lettres de créance, et lui présente sa suite.

« En remettant mes lettres de créance, j'ai adressé quelques mots à l'Empereur, ayant soin d'ôter mon chapeau et de le remettre lorsque je prononçais le nom de Votre Majesté et le sien. Je me suis découvert au moment où j'ai remis mes lettres. L'Empereur ayant pris la parole, je me suis recouvert; il m'a témoigné, dans sa réponse, les sentiments les plus affectueux pour Votre Majesté ; il m'a parlé du bonheur que cette circonstance lui faisait éprouver et a bien voulu ajouter quelques mots flatteurs sur le choix de l'am­bassadeur extraordinaire. » (Berthier à Napoléon)

Puis c’est dans la salle des miroirs qu’ils sont reçus, avec le même cérémonial, par l’impératrice, entourée de ses dames d’honneur.

« (Je) me suis rendu ensuite chez l'Impératrice où le même cérémonial a eu lieu. Cette princesse est d'une belle figure, dont les traces d'une pénible maladie n'ont pu affaiblir la grâce et la dignité; elle a prononcé de mémoire un assez long discours. Prenant ensuite le ton de la conversation, elle y a mis un esprit et une facilité qui brillaient particulièrement dans les choses affectueuses qu'elle se plaisait à m’adresser pour Votre Majesté et pour l'archiduchesse Marie-Louise; j'ai rarement trouvé autant de noblesse et de dignité dans les représentations. » (Berthier à Napoléon)

Enfin, dans une autre salle, ils rencontrent les archiducs (ils sont six présents) qui vivent au palais.

« Placés debout, par rang d’âge, leurs altesses impériales ressemblaient singulièrement à de froides figures de cire. Le prince de Neuchâtel leur adressa quelques mots flatteurs, et le plus âgé de ces princes prit la parole [6] , mais trouva peu de choses à nous dire ; ils avaient provoqué la guerre avec l’espoir de conquérir la France, et ils ne nous avaient pas encore pardonné leurs défaites. » (Lejeune )

Mais c’est dans le palais du prince [7] que Berthier est reçu par l’archiduc Charles .

« L’ambassadeur (note : Berthier) demanda à S.A. impériale de vouloir bien représenter l’empereur Napoléon à la cérémonie du mariage. L’archiduc, avec un ton de loyauté qui vibra dans nos cœurs, répondit[8] : J’accepte avec plaisir la proposition de l’Empereur des Français. Je suis flatté de son choix, et pénétré du pressentiment que cette alliance va préparer un avenir heureux à deux nations faites pour s’estimer ; je compterai au nombre des plus beaux jours de ma vie, celui où, en signe d’un rapprochement franc et loyal, je présenterai la main à l’archiduchesse Marie-Louise , au nom du grand Monarque que vous représentez. » (Lejeune )

Le 6 mars (c’est Mardi Gras), repas « familial », dans les appartements de l’impératrice, en présence des archiducs, du duc Albert de Saxe Teschen [9] , de l’ambassadeur de France, Louis-Guillaume Otto , des généraux Lauriston et Narbonne [10] , du prince Trautmannsdorf , du grand chambellan, le baron Wrbna , du ministre des relations extérieures, le prince Metternich , et de nombreux hauts fonctionnaires. Lejeune , bien sûr, est également là :

« On est ensuite passé pour dîner. L'Empereur a mis l’archiduchesse Marie-Louise à sa droite et l'Impératrice à sa gauche ; j'ai été placé à gauche de l'Impératrice, M. Otto à droite de l'Archi­duchesse; à ma gauche était l'archiduc Charles ; les six autres archiducs étaient, sans distinction de place, entremêlés avec les personnes invitées. (Berthier à Napoléon )

Le soir, il y a une redoute parée, dans les salles impériales, superbement décorées et illuminées, à laquelle participent près de 6.000 invités, de toutes les couches de la société.

« C'est une fête composée d'environ cinq mille personnes des différentes classes de la ville invitées par la Cour. La salle est très vaste et très belle ; elle était illu­minée d'une manière très brillante et décorée avec autant de luxe que d'élégance ; à son extrémité est une enceinte environnée de colonnes. C’est là que divers emblèmes attiraient les regards du public : à droite était une belle draperie en forme de tente, aux trois couleurs françaises; à gauche, une autre tente de la même forme, aux couleurs autrichiennes; un superbe transpa­rent était surmonté des statues de la Renommée soutenant les deux couronnes impériales au-dessus desquelles on voyait les lettres N et L, la princesse Marie-Louise n'étant en effet dési­gnée en Autriche que sous le nom de l'archiduchesse Louise: plus bas, une statue en relief représentait un génie ailé réunis­sant de la main gauche les écus de la France et de l'Autriche et de la main droite les décorait d'une couronne de myrte et de laurier. » (Berthier à Napoléon)

La famille impériale honore de sa présence cette magnifique soirée, à laquelle la future impératrice, au bras de son père, participe également.

Le 7 mars (mercredi des Cendres), il y a, le matin, grand cercle chez Berthier (« plus de deux cents personnes ») , avant que celui-ci ne se rende chez l’archiduc Charles , pour le dîner, auquel assistent également le prince Albert, l’oncle de l’archiduc et une vingtaine de généraux autrichiens. Le soir, il y a cercle chez le prince de Trauttmannsdorff

Le 8 mars, c’est la cérémonie officielle de demande en mariage, à la Cour. A six heures du soir, Berthier se rend en grand cortège à la Cour, où il est reçu avec le même cérémonial que la veille. Arrivé près du trône où se tient l’empereur François , il prend la parole :

Sire ! Je viens au nom de l’Empereur, mon Maître, demander la main de l’archiduchesse Marie-Louise , Votre illustre Fille. Les qualités exceptionnelles de cette princesse la rendent digne d’un grand trône.

Elle rendra heureux un grand peuple et un grand homme.

La politique de l’Empereur, mon Souverain, est en accord avec les souhaits de son cœur.

Sire ! Cette union de deux puissantes familles assurera de nouveau le repos et le bonheur de deux grandes nations.

A ce discours du prince de Neuchâtel, l’empereur François répond :

Je vois la demande en mariage de ma fille comme un gage précieux

Mes vœux pour le bonheur de la future épouse dépassent tous ce que l’on peut imaginer; son bonheur sera le mien.

Je vais trouver dans l’amitié du prince que vous représentez une puissante consolation à la séparation de mon enfant chéri ; Nos Peuples y voient le gage certain de leur plénitude commune.

J’accorde à l’Empereur des Français la main de ma fille.

Le Grand Chambellan ayant fait venir l’archiduchesse, Berthier s’adresse à elle en ces termes :

Madame ! Vos illustres Parents, ont répondu aux vœux de l’Empereur, mon Maître.

Des considérations politiques peuvent avoir influé sur la détermination de nos deux Souverains, mais la première de ces considérations reste toujours Votre bonheur ; avant tout, c’est de Votre cœur , Madame, que l’Empereur, mon Maître, veut recevoir Votre main.

Magnifique spectacle que de voir ainsi unies, sur un grand trône, la beauté et la grâce !

Ce jour, Madame, sera pour l’Empereur, mon Maître, un jour heureux lorsque Vous m’aurez donné l’ordre de Lui dire que Vous partagez les espoirs,les souhaits et les sentiments de son cœur.

Berthier transmet alors la lettre de Napoléon , ainsi que son portrait entouré de seize diamants, jusque là tenu par le secrétaire de Berthier , Alexandre de Laborde , et que la Grande Dame de la Cour, la comtesse Lazansky, accroche sur la poitrine de Marie-Louise , qui répond à Berthier  :

La volonté de Mon Père a toujours été la mienne ; mon bonheur sera toujours le sien.

C’est dans ce principe que Sa Majesté peut trouver le gage des sentiments qui vont me lier à mon époux ; heureuse, si je peux contribuer à son bonheur et à celuid’un grand peuple. Je donne, avec la permission de mon Père, mon consentement à mon union avec l’Empereur Napoléon .

Berthier est ensuite reçu en audience par l’impératrice, dans les appartements de celle-ci, et à laquelle il adresse le discours suivant :

L’Empereur, mon Souverain, m’a particulièrement chargé de convaincre Votre Majesté Impériale, des sentiments qu’il éprouve pour Elle.

Il sentira bientôt toutes les obligations qu’il Vous devrapour le bon exemple et le soin dont l’Archiduchesse vous est redevable.

Elle ne pouvait apprendre d’un meilleur exemple à associer la majesté du trône à la grâce et au charme, qualités que Votre Majesté Impériale possède à un si haut niveau.

L’Impératrice répond à l’envoyé de Napoléon  :

Je me réjouie infiniment d’entendre de Votre Altesse les sentiments de Sa Majesté l’Empereur et Roi, en ce moment si importantoù je décide, pour toujours, du destin de ma fille. Habituée moi-même, pour ce qui est de mes désirs et de mes opinions, à me ranger, en toute occasion, sur mon mari bien-aimé l’Empereur, j’accorde la même confiance que la sienne dans la promesse d'un lien si heureux, et formeavec lui les vœux les plus chauds pour le prochain bonheur inébranlable de notre fille tant aimée, inséparable, à partir de maintenant, du bonheur de Sa Majesté l'Empereur et Roi. Je suis totalement convaincue que son unique effort sera de s'acquérir l'affection de Sa Majesté l'Empereur et Roi et en même temps l’amour du peuple français.

Cette longue journée va enfin se terminer par la rencontre avec l’archiduc Charles , auquel Berthier transmet le désir de Napoléon  :

Monseigneur ! L’Empereur, mon Maître, ayant obtenu de Votre illustre Frère la main de l’archiduchesse Marie-Louise , m’a chargéde faire savoir à Votre Altesse impériale le grand prix qu’il attache à ce que celle-ci accepte sa procuration pour la cérémonie du mariage.

Si Votre Altesse le souhaite, j’ai dans ce cas l’honneur de transmettre à celle-ci, la procuration préparée par mon Souverain.

L’archiduc Charles lui répond :

J’accepte avec plaisir, Prince, la demande que me transmet, par Votre intermédiaire, Sa Majesté l’Empereur des Français. Je me sens autant flatté par son choix, que rempli du doux pressentiment que cette relation effacera jusqu’aux plus légères brouilles, guérira les blessures de guerre et assurera un avenir heureux, à deux nations faites pour s'estimer et à s’accorder mutuellement justice. Je considère comme l’un des plus importants de ma vie, ce moment où, en signe d’un rapprochement si libre et si honnête,je tiendrai la main de l’archiduchesse Marie-Louise, au nom du grand monarque qui vous a envoyé ici, et je vous demande, Prince, de transmettre à la France mes vœux les plus chauds, qu’en ce jour, les vertus de l’archiduchesse scelleront pour toujours l’amitié de nos Souverains et le bonheur de leurs peuples

Le 9 mars, dans les Salle des Conseillers Secrets, en présence de l’empereur, de Berthier (qui assiste à la cérémonie en simple témoin) , des dignitaires de l’empire et du prince archevêque de Vienne, Marie-Louise prononce le serment de renonciation, conformément à la Pragmatique Sanction et aux règles de succession. Le traité de mariage (entièrement calqué sur celui de Marie-Antoinette avec Louis XVI) est ensuite signé par Berthier , Trautmannsdorf et Metternich [11] .

Le soir, représentation de gala au théâtre de la porte de Carinthie. On y représente Iphigénie en Aulide : certains y voient une préfiguration du destinqui attend l’archiduchesse. L’impératrice s’entretient longuement avec Berthier.

Le 10 mars, au palais du Grand-Maître de l’Ordre Teutonique, grande distribution solennelle des Ordres de chevalerie de l’empire : Ordres de la Toison d’Or, de Marie-Thérèse, de Saint-Étienne et de Léopold. Tous les cavaliers d’ambassade reçoivent une récompense.

Le 11 mars [12] , enfin, c’est la cérémonie officielle des fiançailles, dans l’église des Augustins. C’est le prince archevêque de Vienne qui officie [13] , entouré de ses évêques. Le prélat doit bénir douze alliances de diamètres différents, destinés à Napoléon , dont on ignore bien sûr la taille exacte de son annulaire [14] . Un Te Deum est célébré, des salves d’artillerie sont tirées sous les murs de la ville.

La cérémonie est suivie d’un banquet [15] , que préside la nouvelle Impératrice des Français et, le soir, d’une représentation théâtrale [16] (tous les théâtres de Vienne jouent ce soir-là gratuitement). La nuit tombée, plus de 50.000 lampes illuminent la Hofburg. La ville et les faubourgs, magnifiquement décorés, sont eux aussi illuminés, comme la Michaeler Platz, la Josefplatz, le Rathaus, mais aussi l’ambassade de France, les palais Esterhazy, Palffy et de nombreuses maisons de personnages illustres. Le couple impérial et la jeune mariéeparcourent la ville pour admirer ces illuminations. [17] On avait même prévu d’illuminer la façade de la Chancellerie, où loge Berthier , au moyen de 50.000 lampes. Le vent qui souffle avec violence ce soir là met en partie un terme à ce projet. On peut tout de même voir aux fenêtres des calicots, l’un montrant les noms entrelacés de Napoléon et Marie-Louise, l’autre où l’on peut lire :

Ex union

Pax
Opes

Tranquillitas

Populorum

Le lendemain 12 mars, déclaré jour férié, Marie-Louise marque ses premières heures d’impératrice du sceau de la bienfaisance. Elle envoie ceux de ses chambellans qui sont de service, qu’accompagne le colonel Romeuf, dans les différents hôpitaux militaires de la ville. Chaque malade ou blessé reçoit un napoléon d’or, les amputés en recevant 5.

Ce même jour, Berthier quitte Vienne, sans cérémonie, pour se rendre rapidement au lieu où Marie-Louise doit être remise à la France, près de Braunau, à la frontière avec la Bavière.

La future impératrice le suit le lendemain, dès huit heures du matin, après avoir, dans la Salle du Conseil privé, pris congé de son père et des membres de sa famille. L’archiduc l’accompagne à sa voiture, au pied de laquelle se tient le prince Jean de Liechtenstein, sabre au clair. La comtesse Lazansky l’accompagne. La foule nombreuse salue la future impératrice, qui lui répond, les larmes aux yeux. Le cortège de 83 voiture et fourgons, tirés par 454 chevaux de trait et huit de selle (Bausset), au milieu d’une haie de soldats et de milicienss’avance lentement par le Kohlmarkt, le Graben, la Kärtnerstrasse et la Maria-Hilfe Strasse. Il a à sa tête le carrosse du prince Ferdinand von Trautmannsdorf , le Grand-Chambellan impérial et « Übergabe-Kommissar ».

Ceux des nombreux chambellans suivent : les comtes Eugen von Haugwitz, Dominik von Wrbna , Joseph von Metternich, Ernst von Hoyos, Felix von Mier, von Hadick, von Wurmbrand, Franz von Zichy, von Sinzendorf , Paul von Esterhazy, Anton von Batthiany.

Enfin, ce sont les Dames du Palais, et elles sont également très nombreuses : princesse von Trautmannsdorf, comtesses O’Donell, von Taurau, von Appony, von Blümegen, von Traun, von Podstazky, von Kaunitz, von Hunyady, von Chotek, von Palfy et von Zichy.

Au passage des murs extérieurs des faubourgs, les canons des bastions tirent une salve. La cavalerie bourgeoise, et une compagnie de cuirassiers accompagnent les voitures jusqu’à Purkersdorf. L’empereur François et l’impératrice se sontrendus de leur côté à Sankt-Pölten, pour une dernière rencontre avec leur fille.

L’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, devenue l’impératrice des Français, ne retrouvera Vienne que dans quatre ans, le 21 mai 1814.

Sources

  • Vermählungsfeyerlichkeit bey Ihro kaiserl. Hoheit Maria Luise, Erzherzoginn von Oesterreich mit Napoleon Kaiser von Frankreich und König von Italien -13 pages – St AKL - Kalendar 1812
  • Lejeune, Louis-François. Souvenirs d’un officier de l’Empereur. Paris, 1851
  • Dépêches adressées à l’empereur Napoléon par le maréchal Berthier, prince de Neuchâtel. Archives Nationales (carton AF IV, 1675, dossier Neuchâtel)
  • Louis-François-Joseph. Mémoires anecdotiques sur l’intérieur du palais, tome 3. Paris, 1829.
  • Schimmer, Karl-August. Die französische Invasionen in Österreich und die Franzosen in Wien in den Jahren 1805 und 1809. Wien, 1846.

Notes:

[1] Les diverses auteurs ne sont pas d’accord sur les dates des évènements. Nous avons suivi ici Schimmer et Lejeune (op. cit.)

[2] Mais Napoléon lui a recommandé de ne faire usage que de son titre de prince de Neuchâtel, et la relation officielle, prendra bien soin de ne nommer Berthier que « Grand Ambassadeur impérial, prince de Neuchâtel »

[3] On s’en doute, mais le principe d’un mariage par procuration ne devait pas être universellement connu !

[4] D’après Berthier, il a fallu une heure et demie au cortège pour arriver à destination !

[5] Prosper, Fürst von Sinzendorf (1751-1822), Chevalier de la Toison d’O

[6] Il s’agit de l’archiduc Joseph, Palatin de Hongrie.

[7] Ce palais se trouve au coin de la Annagasse (n° 20) et de la Seilerstätte (n° 30).

[8] Selon la source autrichienne (voir la bibliographie), cette demande fut faite lors de l’entrevue de Berthier avec Charles à la Hofburg, le 8 mars.

[9] Albert-Casimir de Saxe-Teschen , duc de Teschen (1738 – 1822). Ancien gouverneur des Pays-Bas autrichiens, c’est l’oncle de l’archiduc Charles . Collectionneur de talent, il est à l’origine des célèbres Collections de l’Albertina, à Vienne.

[10] Peut-être s’agit-il ici du général de division Louis de Narbonne -Lara (1755 – 1813), qui est alors ministre plénipotentiaire à Munich, depuis le 30 janvier, et que Berthier a pu prendre au passage, en route pour Vienne. Il sera ambassadeur à Vienne, en 1813 et 1814.

[11] « J'ai signé les deux actes et j'y ai apposé le cachet de mes armes; j'ai signé également un article séparé portant que, pour cette fois et sans tirer à conséquence, le contrat est fait en langue française. Cet acte fini, un officier de la Trésorerie s'est présenté avec une caisse renfermant 500.000 francs en ducats d'or; après avoir réuni les pouvoirs qui m'autorisent à recevoir la dot, j'ai donné une quittance dans la forme ci-jointe. » (Berthier)

[12] C'est un dimanche, seul jour de la semaine où, en Carême, il soit permis de marier. La date est également indiquée par Lejeune , ce qui confirme bien l’exactitude des dates de Schimmer (Castelot se trompant lorsqu’il écrit « le dimanche 13 mars 1810).

[13] Sigismund Anton Hohenwart, Graf von, Fürst-Erzbischof von Wien (1730 – 1820).

[14] Ces alliances bénies seront emportées à Paris par Marie-Louise elle-même.

[15] Berthier , qui est à la tête d’un état souverain, est admis avec les frères de l’Empereur, ce qui est une distinction rare.

[16] On y joue l’opéra de Gluck « Iphigénie », qui raconte comment Agamemnon sacrifie sa fille afin d’atteindre Troyes en sécurité. Le prince de Ligne dira que le Minotaure (Napoléon), quant à lui, s’est vu sacrifier une jeune fille (Marie-Louise)….

[17] Emporté par le lyrisme qu’on lui connaît, André Castelot écrit : « Marie-Louise entend de terribles déflagrations. Elle s’ info rme, et on lui répond qu’en dépit du traité qui lie maintenant la France à l’Autriche, les canons napoléoniens sont en train de faire sauter les fortifications de la ville. » Mais les derniers soldats français ont quitté Vienne le 20 novembre précédent, et on voit mal, par ailleurs, l’empereur François revenant dans sa capitale toujours occupée par l’ennemi !

 

Placed on the Napoleon Series: March 2010

 

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