Capitulation du g�n�ral Menou: 31 ao�t 1801

By Dr. Gabriel Vital-Durand

31 ao�t 1801 Capitulation du g�n�ral Menou, chef du corps Expéditionnaire d'Egypte

Origines de l�Expédition d'Egypte

En 1797, les conqu�tes du g�n�ral Bonaparte en Italie ont permis de remplir les caisses du Directoire, et d'obtenir des �fronti�res naturelles� pour la Grande Nation sur le Rhin (trait� de Campo Formio). Pourtant l�agitation int�rieure est loin d'�tre calm�e et les alli's ext�rieurs un moment d'band's sont toujours mena�ants. L�Angleterre du jeune ministre Pitt vit des moments tr's difficiles (r�volte en Irlande, mutinerie des marins - Portsmouth, faillite financi�re). La R�publique poursuit sa politique expansionniste aux Antilles (guerre de course), en Irlande (Expédition de Humbert), en Europe (subversion des r�gimes �tablis) et m�me aux Indes (encouragements - Tippou Sahib, sultan du Mysore, contre les Anglais). L�Egypte semble offrir un point d'appui pour assurer une communication terrestre avec l�Orient menac� par la supr�matie maritime britannique. Au Directoire d'sempar�, Thibaudeau fait observer : � - C�est une charge bien pesante qu�un g�n�ral victorieux et sans occupation ! - Et pourtant, les moyens de la R�publique paraissaient si d'risoires aux yeux des observateurs raisonnables que malgr� les renseignements parvenus de France et d'Italie, la perspective d'une Expédition fran�aise au Levant relevait pour le cabinet britannique du d'lire d'agent secret et seul le ministre de la guerre y accordait-il quelque cr�dit...

Pr�paratifs

L��poque �tait aux r�miniscences antiques. La R�publique r�ve d'envoyer ses l�gions reconstituer la mare nostrum des Romains. L�Espagne est d'sormais une alli�e, des r�publiques-s�urs ont �t� sem�es jusqu�en Calabre, les �les Ioniennes sont maintenant Françaises. L�Empire ottoman, alli� fid�le de la France depuis Fran�ois Ier, appara�t soudain comme une puissance r�trograde qui opprime une Gr�ce id�alis�e. Bonaparte saisit l�occasion d'une �pop�e digne de Jules C�sar : - � C�est en Orient o� vivent six cent millions d'hommes que se font les grandes r�volutions civiles et religieuses. -

La bataille des pyramides : 21 juillet 1798

 

Talleyrand se fait fort de convaincre le Grand Turc que l�Expédition n�est pas dirig�e contre lui. Malheureusement le g�n�ral Aubert-Dubayet, ambassadeur fran�ais - Istamboul, meurt en d'cembre 1997 et ne sera pas remplac�, ce qui laissera le champ libre aux men�es britanniques. d'but 1998, l�invasion de la Conf�d�ration suisse est d'cid�e afin de financer l�Expédition avec le tr�sor de Berne (trente millions). Une campagne de promotion bien conduite permet de rassembler une pl�iade de jeunes scientifiques, ing�nieurs, artistes et humanistes issus des �coles d'�tat, notamment Polytechnique nouvellement �tablie. Monge, Laplace, Fourrier, Vivant-Denon, Berthollet, Arnault sont les plus c�l�bres de ces 150 intellectuels avides d'aventures. Jusqu�au tout dernier jour, Bonaparte se montra - Paris pour d'jouer les espions anglais... La flotte �tait en piteux �tat et la majorit� des officiers de marine avaient �migr�. On parvient tout de m�me - rassembler l�aile gauche de l�arm�e d'Angleterre dans le Golfe de G�nes au printemps 1798 sous le commandement de l�amiral Brueys d'Aigailliers, lequel r�ussit - appareiller de Toulon le 19 mai malgr� la vigilance de l�amiral Nelson. Pourtant l�amiral fran�ais n��tait pas - la hauteur de sa t�che, et ses rapports avec le g�n�ral en chef allaient bient�t devenir ex�crables. Lui-m�me ignorait le but v�ritable de l�Expédition...

La conqu�te

La flotte parvint en vue de La Valette (Malte) le 9 juin. L��le avait �t� confi�e par Charles Quint aux Chevaliers de l�Ordre hospitalier de SJean de J�rusalem, d'nomm's ensuite de Rhodes puis de Malte. Le grand-ma�tre Ferdinand von Hompesch zu Bolheim avait les moyens de tenir un long si�ge, le roi de Naples lui devait assistance et les chevaliers en avaient vu d'autres... Mais le c�ur n�y �tait plus et la place rendit les armes le 12 juin. Bonaparte s�installa pour quelques jours, �dicta toutes sortes de dispositions

r�volutionnaires, puis poursuivit sa croisi�re vers l�Egypte. La vigilance de Nelson qui patrouillait la M�diterran�e s��tait trouv�e d'jou�e par miracle. Le corps Expéditionnaire d'barqua - Alexandrie le 2 juillet. Les Mamelouks constituaient une caste militaire qui avait accapar� le pouvoir de fait sous l�autorit� nominale du sultan apr's les tentatives du bey Ali d'�tablir une autorit� autonome (1768-73). L�arm�e atteignit Gizeh en vue du Caire et remporta une victoire d'cisive aux Pyramides contre les troupes du bey Mourad (21 juillet). Bonaparte se voyait vizir au Caire, il cr�a l�Institut d'Egypte dont il devint membre actif. Il tenta de s�appuyer sur les notables indig�nes et envoya des d'clarations d'amiti� au Grand Turc... Las, l�amiral Nelson qui venait de d'couvrir la flotte au mouillage en rade d'Abou Kir aux environs d'Alexandrie, la r�duisit en miettes apr's un pilonnage de 15 heures (1er ao�t). Brueys sauta avec son navire-amiral l�Orient (118 canons), Villeneuve put s��chapper avec quelques vaisseaux. Le corps Expéditionnaire se trouva ainsi prisonnier de sa conqu�te... Le sultan S�lim III devait rejoindre bient�t la 2 coalition des alli's europ�ens, aux c�t's de l�Autriche et de la Russie, ses ennemis h�r�ditaires !

La bataille d'Abukir : 25 juillet 1799

 

La fuite en avant

Bonaparte n�est pas homme - se d'courager. L�inspiration ne lui fait pas d'faut : � Il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens ! �. Il r�ve de rejoindre les Indes comme Alexandre le Grand et pour l�instant de forcer le passage vers Ie Bosphore (l�Hellespont des anciens). Au d'but de 1799, sans attendre la chaleur insupportable de l��t�, les troupes foncent vers la Syrie, enl�vent El Arish, Gaza puis Jaffa (f�vrier-mars) et mettent le si�ge devant St Jean d'Acre (20 mars). La ville est prot�g�e par un rempart solide, des habitants motiv's et une troupe renforc�e par l�appui de l�amiral Smith sur mer et du commandant Ph�lyppeaux (un ancien condisciple de Bonaparte - Brienne) sur terre. Le comte Pozzo di Borgo, un autre ennemi intime de Bonaparte, est de la partie. Le pacha Achmet - dit djezzar, l��gorgeur - est bien d'termin�. L�artillerie lourde convoy�e par mer est tomb�e aux mains des Anglais... C�est l��chec malgr� huit assauts fr�n�tiques (avril-mai). Pendant ce temps, Junot a man�uvr� pour amener le corps Expéditionnaire turc au pied du Mont-Thabor, o� les forces de Kl�ber et de Bonaparte l�ont mis en d'route le 16 avril.

Bonaparte regagna l�Egypte, repoussa une tentative de d'barquement turc par le pacha Abou pr's d'Abou Kir le 25 juillet et embarqua secr�tement le 22 ao�t sur la Muiron apr's avoir confi� le commandement au g�n�ral Kl�ber. Celui-ci n�gocia des conditions d'�vacuation honorables avec l�amiral Smith qui seront d'nonc�es par l�amiral Keith (convention d'El Arish). Il remporta la victoire d'H�liopolis pr's du Caire sur les troupes du grand-vizir (20 mars 1800). Apr's s��tre converti - l�Islam, il semblait en mesure de tenir le pays. Infortun�ment, Kl�ber fut assassin� par un fanatique le 14 juin 1800. Son successeur Menou sera battu par le g�n�ral Abbercromby - Canope (21 mars 1801) et obtiendra une capitulation d'cente le 31 ao�t 1801, aux termes de laquelle le corps Expéditionnaire sera rapatri� par la flotte anglaise.

Epilogue

Loin d'�tre abattu par cet �chec retentissant, Bonaparte d'barqua pr's de Fr�jus le 8 octobre au milieu de la liesse populaire, puis parvint - Paris en pleine fermentation. Personne ne lui demanda de justifier sa conduite et il r�ussit m�me - appara�tre comme une victime de ce gouvernement impuissant... Le g�n�ral pardonna bient�t - Jos�phine qui s��tait accommod�e de son absence, et r�ussit le coup du 18 brumaire de l�an VIII (9 novembre 1799) avec la complicit� de Siey�s. Il organisera bient�t la prochaine campagne d'Italie et r�ussit par des compromis heureux - rassembler les Fran�ais �puis's par dix ans de guerre int�rieure et ext�rieure. Malgr� la perte de la pierre de Rosette confisqu�e par l�Anglais, les v�t�rans s�emploieront - mettre en valeur les d'couvertes r�alis�es dans ce pays mythique. Vivant Denon publiera un Voyage dans la haute et basse Egypte, textes et dessins (1802) qui fera r�f�rence pour un si�cle. Le mamelouk Roustan couchera d'sormais - l�entr�e de la tente du Premier Consul qui continuera de monter des chevaux arabes.

Bonaparte fuyant l�Egypte
(caricature de Cruikshank, dessinateur anglais)

Bien des officiers sup�rieurs auront commenc� leur carri�re en Egypte (Berthier, Desaix, Lannes, Murat, Junot, Marmont) et le DLarrey prendra figure de l�gende. En Egypte m�me, le prestige des Fran�ais sera port� au z�nith par le g�nie de Champollion et l��uvre de l�Ecole du Caire, et aussi en raison du protectorat impos� plus tard par l�Angleterre. En revanche d'autres cons�quences ne seront pas si heureuses. Si les pertes humaines sont rest�es relativement modestes, la puissance maritime fran�aise se trouvait an�antie pour longtemps. Outre Gibraltar, Malte et Minorque sont d'sormais aux mains des Anglais, eux-m�mes alli's de Naples et de la Sublime Porte. Pourtant la sultane valid� du s�rail de Top Kapi n��tait autre qu�une lointaine cousine de Jos�phine, bient�t imp�ratrice des Fran�ais (Aim�e du Buc de Rivery). Quant au conseil imp�rial de Paul Ier de Russie, il avait pris l�incursion fran�aise en Orient comme un casus belli, fait occuper les �les Ioniennes et form� un corps Expéditionnaire sous le commandement d'un mar�chal imp�tueux qui r�ussit en six mois - bouter les Fran�ais hors d'Italie - le prince Souvorov. Certaines des causes de la ruine finale de l�Empire fran�ais �taient d'j� perceptibles...

 

Placed on the Napoleon Series: January 2004

 

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