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La Rehabilitation du Marechal Brune

By Dominique Contant



"Le scandale est dans le crime ; il n'est pas dans la plainte ; il n'est pas dans le cri du sang injustement vers�" Ainsi commen�ait la requ�te adress� par Ma�tre Dupin, c�l�bre avocat parisien, au Roi Louis XVIII, ce 19 mars 1819. " Sire, �Un horrible attentat a �t� commis sous le r�gne de Votre Majest�. Un des grands officiers de la couronne, un Mar�chal de France, a �t� l�chement assassin� et depuis pr�s de quatre ans, ce crime si public, si r�voltant, n'a pas �t� puni�Pourquoi, � l'insu de Votre Majest�, dans son propre palais, la mort du Mar�chal a-t-elle re�u une sorte de ratification ? " (le tableau de ce Mar�chal avait �t� enlev� de la galerie) " On a craint apparemment que son image rest� dans le salon des Mar�chaux ne vous rappel�t le forfait, et qu'en traversant cette salle pour aller prier Dieu qui prot�ge la France, il ne vous vint � l'esprit de faire punir les coupables�.

Je demande justice, Sire
justice pour le meurtre de mon �poux,
justice de l'outrage fait � son cadavre,
justice de l'insulte faite � sa m�moire par ceux qui ont os� l'accuser de suicide.
Cette justice, je la demande au Roi,
Je la demande � ses ministres,
Je la demande aux Chambres,
Je la demande � la nation toute enti�re�. "

Cette lettre, vous l'avez compris, �tait de Ang�lique Nicole Pierre, veuve du Mar�chal Guillaume Marie-Anne Brune, qui demandait au Roi le droit de d�poser une plainte contre les assassins de son mari.


Brive et la R�volution

Il ne s'agit pas de faire ici une biographie du Mar�chal Brune, mais de nous limiter � quelques faits importants de sa vie et qui conduiront au tragique drame. N� � Brive, en Corr�ze, le 13 mars 1763, Guillaume Brume se destine � des �tudes de droit. A vingt ans il s'inscrit � l'�cole de droit et au Coll�ge de France, � Paris. En 1789 il fait la connaissance de Marat, Fr�ron, Fabre d'Eglantine. Il devient l'ami de Danton et de Camille Desmoulins. Il saura �chapper � la tourmente r�volutionnaire. On l'accusera de manque de courage lorsque Danton et ses amis furent guillotin�s. Mais pouvait-il faire quelque chose pour sauver ses amis girondins ?

La princesse de Lamballe

C'est maintenant qu'il convient de rappeler l'un des �pisodes les plus tristes de la R�volution Fran�aise. En 1792 l'arm�e Autrichienne s'approche de Verdun. Le peuple de Paris s'agite et quelques uns seront

Marshal Brune

Marshal Brune



pris d'une v�ritable folie sanguinaire. Ce seront les tristement c�l�bres ' massacres de septembre '. Le 2 septembre 1792 la foule envahit la prison de la Force enl�ve et lynche la Princesse de Lamballe. On dit que sa t�te, sur une pique, aurait �t� montr�e � la fen�tre de son amie, Marie Antoinette, prisonni�re au Temple.

Cette histoire n'aurait rien � voir avec celui qui nous int�resse. Mais, curieusement, l'auteur Anglais Goldsmith allait �crire plus tard: " Quelques personnes (sans donner de noms ) ont cru reconna�tre dans l'homme qui portait la t�te, le g�n�ral Brune d�guis� ! "

Nous savons que ceci est faux : la Duchesse d'Abrantes, dans ses m�moires, se souvient d'avoir vu l'homme qui portait la t�te. Elle donne m�me des noms : Charlat portait la t�te, Grison le c�ur de l'infortun�e. Pour �viter les poursuites judiciaires Charlat s'engagea dans l'arm�e et fut massacr� pas ses compagnons et Grison fut condamn� � mort et ex�cut� � Troyes.

Ce qui est important est que, pour les Royalistes, Brune est l'assassin de la princesse de Lamballe et a particip� aux massacres de septembre. Nous savons aujourd'hui que Brune se trouvait alors � Rodenac pr�s de Thionville, au nord de la France.

La Suisse

Apr�s s'�tre distingu� lors de la 1� campagne d'Italie, Brune, maintenant G�n�ral de Division se voit confier par le Directoire l'intervention en Suisse en 1798. La Suisse est rapidement domin�e ; le 17 mars 1798, Brune adresse au Directoire une lettre l'informant de la soumission de la Suisse. Il tente de maintenir la discipline et d'emp�cher les pillages comme le prouve sa d�claration � l'arm�e de 9 mars 1798. Mais pour pr�parer sa campagne d'Italie, le Directoire impose � la Suisse de lourdes contributions. Brune s'irrite contre les commissaires fran�ais qui pillent la Suisse. L'un d'eux, Rapinat, beau fr�re du Directeur Suisse Rewbell, se montre terriblement efficace. Le mot fran�ais Rapine voulant dire ' Rapine ' on disait � Paris.

" Le pauvre Suisse qu'on ruine
Voudrait bien qu'on d�cid�t
Si Rapinat vient de rapine,
Ou rapine de Rapinat "

Avec soulagement Brune re�oit le commandement de l'arm�e d'Italie. Le 28 Mars 1798 il quitte Berne, remplac� par le G�n�ral Schawenbourg. Peu de temps apr�s son d�part l'arm�e fran�aise commet des exactions � Einsiedeln le 4 mai 1798 - plus d'un mois apr�s le d�part de Brune - et � Sion vers le 15 mai. Schawenbourg commit �galement des exactions et des pillages le 9 septembre 1798 � Stanz.

Brune, comme nous venons de le voir n'�tait plus en Suisse lors des �v�nements de Einsiedeln, Sion et Stanz. Mais le nom de Brune se trouva injustement m�l� � ces pillages. De nombreux auteurs reprirent l'information, comme Taine et Brune aura ainsi la r�putation de pillard.
On l'accusa plu tard de malversation avec le fameux ' Tr�sor de Berne '. En 1819 un jugement de la cour des comptes innocentera, mais avec retard, le Mar�chal Brune en v�rifiant que l'int�gralit� des sommes avait �t� re�ue par le Directoire.

Napol�on lui m�me dira � Saint H�l�ne : " Brune fut injustement accus� d'avoir abus� de ses pouvoirs en Suisse ; mais l'histoire lui rendra justice "

Un jeu de mot

Si vous dites � un Fran�ais : " Nous nous rencontrons � la brune " tr�s peu vont vous comprendre. Cette expression �tait courante au XIX� si�cle et voulait dire la nuit. Un chanson, qui refl�te bien l'esprit de l'�poque dans l'arm�e fran�aise en Suisse disait : ' (Pour voler) n'y vas jamais de jour, c'est trop b�te, mais vas-y � la brune, tu ne manqueras jamais ton coup. '

Rapidement ce mot d'humour fut connu dans toute l'arm�e et on disait que ses soldats ' honn�tes le jour, volaient � la Brune '

Ainsi se propage la calomnie sur Brune alors que Soult vole de magnifiques collections de tableaux en Espagne, Mass�na, selon Napol�on lui-m�me ' a beaucoup vol� dans le pays V�nitien'.

La disgr�ce

L'acte de capitulation su�doise, maladroitement r�dig� par Brune le 7 septembre 1807 sera l'occasion de la longue disgr�ce de Brune. Nous parlerons peut �tre un jour de cet �pisode. A partir de cette date, le nom du Mar�chal Brune ne sera plus prononc�. Il se retirera � Saint Just. Profitons justement pour v�rifier que en 1808 la fortune de Brune s'�levait � 600 000 Francs Or ( Environ 1 900 000 Euro ) Si on v�rifie que Brune avait son payement de Mar�chal d'Empire et de Conseill� d'Etat et avait re�u de nombreuses donation de Napol�on, sa fortune n'avait rien d'extraordinaire.

Les 100 jours

Retournant de l'�le d'Elbe, Napol�on avait travers� le sud de la France. A Avignon il avait ressenti l'hostilit� de la population. Alors il s'est souvenu de Brune. Celui qui avait, avec habilit� et sans exc�s, pacifi� le sud de la France en 1795 et la partie ouest ( partie de la Vend�e ) en 1800. Le 16 avril 1815, Davout, au nom de l'Empereur, ordonne � Brune de commander la 8� division militaire. Apr�s 8 ans d'exil et de silence Brune redevient un soldat de l'Empereur.

Mais le 24 juin il re�oit la nouvelle de Waterloo, le 4 juillet il �crit encore ' Vive l'Empereur Napol�on II, vive � jamais la libert� fran�aise ! '

20 jours plus tard il doit reconna�tre, avec douleur, le nouveau gouvernement et accepter la soumission. Son dernier message sera aux soldats de la 8� division : " La patrie a droit � tous nos sacrifices ; elle ordonne que nous renoncions � ces drapeaux qui nous rappellent tant de victoires ; qu'ils re�oivent mes douloureux adieux� "

Avignon

La situation de Brune est tr�s difficile. Il doit aller � Paris, mais traverser une r�gion o� il est doublement d�test� pour avoir �t� un des premiers R�volutionnaires et un repr�sentant de Napol�on. Ses amis lui conseillent d'abandonner Toulon en bateau. Il juge cette id�e peu digne d'un Mar�chal d'Empire et d�cide de remonter le Rh�ne.

Sur la route de Paris, � Aix, il est d�j� menac� et insult� par un groupe royaliste. A la ville de Cavaillon, �trangement, son escorte re�oit l'ordre de revenir vers Toulon. Il est aujourd'hui prouv� que l'ordre venait de la ville d'Avignon. Seul et sans escorte le Mar�chal arrive � Avignon le 2 ao�t 1815 � 8 heures du matin pour changer les chevaux au relais de l'h�tel du Palais royal.

Un groupe se forme autour de la voiture. Un nomm� Soulier crie : ' C'est le Mar�chal Brune qui a port� la t�te de la princesse de Lamballe.' La foule emp�che la voiture de continuer son chemin. Brune retourne � l'h�tel. On lui donne la chambre N� 3, au premier �tage. Les autorit�s de la ville d'Avignon sont �trangement passives. Maintenant 4000 personnes menacent de d�vaster l'h�tel. Dans sa chambre le Mar�chal vient d'�crire et de d�chirer 3 lettres. Farg�s entre dans la chambre avec un pistolet, le Mar�chal lui prend la main, et le coup de feu se perd dans la fen�tre. Roquefort crie ' Stupide. Tu l'as manqu�, je ne vais pas le manquer ". Par derri�re il tire avec sa carabine, Brune meurt, la carotide sectionn�e. Il est 3 Heures de l'apr�s midi. Le maire de la ville dit � la foule ' Retournez chez vous, le Mar�chal s'est suicid� !'

Une heure plus tard on donne des ordres pour enterrer le Mar�chal.

La th�se du suicide

Vivant, le Mar�chal �tait d�j� d�test� par la foule royaliste, cette nouvelle calomnie allait le rendre odieux. Un suicid� ne se respecte pas, on ne respecte pas un suicid�. La foule s'empare du corps et le jette, d'un pont, dans le fleuve Rh�ne. Durant tr�s longtemps on verra �crit sur le pont : ' Cimeti�re du mar�chal Brune ' . Rapidement la presse locale reprendra la th�se mensong�re du suicide.

Pourquoi tant de haine ? Peut �tre pour avoir d�fendu et emp�ch� les Anglais de prendre Toulon, malgr� les ordres du Roi ' D'ouvrir toutes les villes et d'accueillir les alli�s ', peut �tre pour avoir dit ' Que les drapeaux de l'Empires re�oivent nos douloureux adieux '. A ce sujet il y a dans les archives officielles ce rapport anonyme de juillet 1815 : ' Ordre de faire saisir le Mar�chal Brune qui persiste � faire maintenir la cocarde et le drapeau tricolore � Toulon '

Le retour du corps

Durant plusieurs jours le corps de Brune fut transport� par le fleuve Rh�ne. Un matin un jardinier retrouva un corps m�connaissable et l'enterra sur les terres du baron de Chartrouse. Durant 2 ans l'�pouse du Mar�chal Brune multiplia les enqu�tes et localisa la fosse. Le 5 d�cembre 1817, le baron de Chartrouse, avec l'aide du jardinier retrouva le corps et l'envoya � la Mar�chale Brune.

Le proc�s

Avec un courage admirable, malgr� la terreur blanche qui s�vissait alors, elle obtint du Roi le droit de poursuivre les assassins et, � Riom, le 25 f�vrier 1821 il �tait reconnu que le Mar�chal n'avait pas port� la t�te de la princesse de Lamballe, que le Mar�chal n'�tait pas coupable de malversation et que le Mar�chal ne s'�tait pas suicid�.

La r�habilitation

Brune n'avait pas le g�nie militaire de Davout, ni la bravoure de Ney, ni la protection de Marmont , mais il avait bien m�rit� de retourner dans la galerie des portraits des Mar�chaux de l'Empire